En 2015, les Steam Machines de Valve disparaissaient des rayons en quelques mois, ignorées par les joueurs et les développeurs. Dix ans plus tard, la mise à jour SteamOS 3.8, déployée le 19 mars en version preview, fait tourner ce même système d’exploitation sur la Xbox Ally d’Asus, la Legion Go de Lenovo et une dizaine d’autres consoles portables. Le retour de Valve dans le salon s’accompagne cette fois d’un allié de poids : plus de dix millions de Steam Deck vendues.

Dix ans et un flop plus tard, Valve retente le salon

L’échec original des Steam Machines reste l’un des plantages les plus spectaculaires de l’histoire du jeu vidéo sur PC. En novembre 2015, Valve avait convaincu une quinzaine de fabricants, d’Alienware à Zotac, de commercialiser des PC de salon sous SteamOS. Le catalogue de jeux compatibles plafonnait à quelques centaines de titres, l’interface déroutait les habitués de Windows, et les prix rivalisaient avec des PC gaming classiques sans en offrir la flexibilité. En moins de deux ans, la plupart des constructeurs avaient jeté l’éponge.

Ce qui a changé tient en un mot : Proton. Cette couche de compatibilité, développée à partir de Wine et financée par Valve, permet de faire tourner des jeux Windows sur Linux sans que le joueur ne touche à une ligne de configuration. Quand le Steam Deck est sorti en février 2022, Proton gérait déjà la majorité du catalogue Steam. Selon les données de ProtonDB, la base communautaire qui recense la compatibilité des jeux, plus de 80 % des 100 titres les plus joués sur Steam fonctionnent sous SteamOS. Le Steam Deck a fait le reste : avec plus de dix millions d’unités écoulées d’après les estimations du cabinet IDC relayées par The Verge, la console portable a prouvé qu’un appareil Linux pouvait séduire bien au-delà du cercle des bidouilleurs.

Un OS qui tourne sur Xbox, Lenovo et dix autres marques

SteamOS 3.8 pousse la logique un cran plus loin. Le changelog officiel de Valve, publié le 19 mars, liste pour la première fois la prise en charge de consoles portables concurrentes : la Xbox Ally d’Asus et Microsoft, la Legion Go 2 de Lenovo, la X1 de OneXPlayer, et des appareils signés MSI, GPD, Anbernic, OrangePi et Zotac. L’appui long du bouton power fonctionne désormais « sur un large éventail d’appareils », selon les notes de version.

Les propriétaires de Steam Deck LCD récupèrent aussi des fonctionnalités attendues depuis longtemps. L’hibernation réelle, avec extinction de la mémoire vive, prolonge l’autonomie en veille. Certaines consoles portables Windows faisaient mieux sur ce point grâce à leur gestion native de l’hibernation. Les microphones Bluetooth fonctionnent enfin en mode jeu, et plus seulement sur le bureau Linux.

Côté salon, SteamOS 3.8 détecte automatiquement le nombre de canaux audio disponibles via HDMI pour activer le son surround, et ajoute la prise en charge du HDR et du taux de rafraîchissement variable sur le bureau. Sean Hollister, de The Verge, souligne que la section « Non-Deck » du changelog est inhabituellement longue : le support des modes de gestion d’énergie du processeur fonctionne sur la Xbox Ally, la gestion de la mémoire vidéo avec GPU discret a été « considérablement améliorée », et les couleurs délavées des écrans OLED Zotac et OneXPlayer sont corrigées.

Un cube de 15 cm taillé pour rivaliser avec la PS5

SteamOS 3.8 est aussi la première version à prendre en charge la Steam Machine, le PC de salon que Valve prévoit de commercialiser au printemps 2026 dans toutes les régions où le Steam Deck est déjà disponible.

Présenté en novembre 2025 dans les locaux de Valve à Bellevue, l’appareil se présente comme un cube de 15 centimètres de côté. Il embarque un processeur AMD Zen 4 à six cœurs capable de grimper à 4,8 GHz, couplé à un GPU discret AMD RDNA 3 « Navi 33 » de 28 unités de calcul, alimenté par 8 Go de GDDR6. Le tout repose sur 16 Go de DDR5. Valve revendique une puissance six fois supérieure à celle du Steam Deck, ce qui la placerait au niveau de la PlayStation 5, voire au-dessus de la PS5 Pro selon les premiers tests rapportés par The Verge.

La promesse principale n’est pas la fiche technique, mais l’expérience utilisateur. Contrairement au Steam Deck, la Steam Machine met à jour ses jeux, ses sauvegardes cloud et son système d’exploitation en arrière-plan. Quand le joueur allume la console, tout est prêt. « La Steam Machine a la capacité de garder tous vos logiciels, votre OS, vos jeux et vos sauvegardes cloud à jour en tâche de fond », a détaillé Yazan Aldehayyat, ingénieur hardware chez Valve, lors de la présentation.

Le playbook Android appliqué au jeu vidéo

La stratégie de Valve rappelle celle de Google avec Android au début des années 2010 : distribuer un OS gratuit pour verrouiller l’écosystème commercial qui va avec. SteamOS est libre de droits pour les constructeurs partenaires. En contrepartie, chaque jeu vendu sur ces appareils transite par Steam, où Valve prélève une commission de 30 % sur les ventes (réduite à 25 % puis 20 % au-delà de certains seuils de revenus).

Le premier partenaire officiel est Lenovo, qui prévoit de commercialiser une variante SteamOS de la Legion Go 2 en juin 2026. Valve a aussi ouvert un programme de licence « Powered by SteamOS » et invite les fabricants intéressés à prendre contact via une adresse dédiée. Pour les consoles non partenaires, l’installation passe par un sideload, à vos risques et périls, mais la compatibilité progresse à chaque mise à jour.

Le pari n’est pas sans risque. La Xbox Ally reste un appareil Microsoft, et rien ne garantit qu’Asus ou Microsoft encourageront leurs clients à troquer Windows contre SteamOS. Les jeux vendus en dehors de Steam (Xbox Game Pass, Epic Games Store) restent inaccessibles sans bidouille supplémentaire. Mais la dynamique joue en faveur de Valve : le Steam Deck a surpassé en ventes l’ensemble des consoles portables Windows réunies, selon les données d’IDC.

La Steam Machine est attendue au printemps 2026 pour un prix encore inconnu. Lenovo devrait suivre avec la Legion Go 2 sous SteamOS en juin. Sony et Microsoft, eux, pourraient bien devoir composer avec un troisième acteur dont l’OS tourne déjà sur les appareils de la concurrence.