David Greene, voix emblématique de la radio publique américaine, vient de déposer plainte contre Google. Son grief ? La voix masculine utilisée dans les podcasts générés par NotebookLM serait une copie de la sienne.
« Ma voix, c’est qui je suis »
Greene a présenté Morning Edition sur NPR pendant des années. Aujourd’hui à la tête de Left, Right & Center sur KCRW, il reste l’une des voix les plus reconnaissables de la radio aux États-Unis. Et c’est précisément le problème.
Tout a commencé par des messages. Des amis, des collègues, des membres de sa famille lui signalent la même chose : la voix masculine qui anime les « Audio Overviews » de NotebookLM, l’outil IA de Google, lui ressemble de manière troublante. Pas seulement le timbre. La cadence, l’intonation, jusqu’aux petits « uh » qui ponctuent ses phrases.
« Ma voix, c’est la partie la plus importante de ce que je suis », a déclaré Greene au Washington Post. Difficile de lui donner tort quand on a bâti une carrière de trente ans sur son timbre.
Google botte en touche
Du côté de Mountain View, on nie en bloc. Un porte-parole a assuré que la voix utilisée dans NotebookLM provient d’un « acteur professionnel rémunéré » et n’a aucun lien avec David Greene. Point final, circulez.
Sauf que ce genre de démenti, on l’a déjà entendu. En 2024, OpenAI avait dû retirer une voix de ChatGPT après que Scarlett Johansson s’était plainte publiquement d’une ressemblance frappante avec la sienne. L’actrice n’avait même pas eu besoin d’aller au tribunal : la pression médiatique avait suffi.
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Un vide juridique qui se remplit petit à petit
Le cas Greene pose une question qui dépasse la simple querelle entre un journaliste et un géant tech. À mesure que les modèles de synthèse vocale gagnent en réalisme, la frontière entre inspiration et copie devient floue. Qui possède une voix ? Peut-on breveter une intonation ?
Aux États-Unis, plusieurs États ont commencé à légiférer sur la protection de la voix et de l’image face aux deepfakes. Le Tennessee a adopté l’ELVIS Act en 2024, spécifiquement conçu pour protéger les artistes. Mais pour un journaliste radio, le cadre juridique reste incertain.
Pour Google, l’enjeu dépasse NotebookLM. L’entreprise investit massivement dans la synthèse vocale, et chaque procès de ce type pourrait freiner le déploiement de ses outils. Si les tribunaux donnent raison à Greene, c’est tout le secteur de la voix IA qui devra revoir ses méthodes de collecte et d’entraînement.
On se souvient aussi que Hollywood avait déjà attaqué ByteDance pour des raisons similaires concernant la propriété intellectuelle et l’IA générative. La tendance est claire : les créateurs ne comptent plus rester passifs face à l’utilisation de leur travail par les modèles d’intelligence artificielle.
En attendant le verdict, une chose est sûre : les voix synthétiques ressemblent de plus en plus à de vraies personnes. Et ces vraies personnes commencent à le remarquer.