Zéro employé recruté. Zéro chantier en cours. Plus d’un an après l’annonce en grande pompe depuis la Maison-Blanche, Stargate n’existe pratiquement que sur le papier.

L’annonce du siècle, la réalité d’un chantier fantôme

C’était en janvier 2025. Trump entouré de Sam Altman, Masayoshi Son et Larry Ellison annonçait « la plus grande infrastructure IA de l’histoire » : 500 milliards de dollars pour bâtir des dizaines de centres de données aux États-Unis. OpenAI, SoftBank et Oracle main dans la main. La presse mondiale couvrait l’événement comme un tournant historique.

Un an et quelques semaines plus tard, The Information révèle que la co-entreprise entre les trois géants n’a toujours pas embauché le moindre employé. Aucun data center n’est en développement actif. La raison ? Les trois partenaires n’arrivent pas à s’entendre sur la répartition des responsabilités, citant trois personnes directement impliquées dans le projet.

Des disputes qui couvaient depuis l’été

Ces tensions ne tombent pas du ciel. The Decoder avait déjà signalé, l’été 2025, l’absence de SoftBank dans les discussions opérationnelles. Masayoshi Son s’engageait à mettre des milliards sur la table, mais laissait ses partenaires se débrouiller pour les travaux concrets.

Entre-temps, OpenAI a tenté de voler de ses propres ailes. La startup voulait construire ses propres centres de données, sans passer par ses partenaires. Raté : les banques ont refusé de financer des projets à plusieurs milliards pour une entreprise qui affiche des pertes colossales et un modèle économique encore non prouvé, selon The Decoder. Retour à la case départ.

Oracle in, SoftBank en retrait

La sortie de secours, OpenAI l’a trouvée à deux plutôt qu’à trois. Fin juillet 2025, Oracle et OpenAI ont signé un accord bilatéral pour 4,5 gigawatts de capacité répartis sur plusieurs sites américains. Fini le triumvirat, place à un duo. Sur ce deal, les deux entreprises partagent les risques financiers : si les travaux prennent du retard ou coûtent plus cher que prévu, chacun absorbe sa part.

SoftBank n’est pas complètement sorti du jeu pour autant. Un compromis a été trouvé : OpenAI garde le contrôle du design et du bail à long terme des installations, tandis que SoftBank Energy se charge du développement et de la propriété des projets. Un arrangement qui ressemble davantage à de la sous-traitance qu’à une véritable co-entreprise.

Pendant ce temps, OpenAI fait ses courses ailleurs

Pour ne pas rester les bras croisés en attendant la construction de ses propres serveurs, OpenAI a passé des accords en série avec les grands du cloud. Amazon Web Services, Google Cloud (avec des puces TPU), le fabricant de semi-conducteurs AMD, et même la startup Cerebras. L’objectif : tenir jusqu’à ce que Stargate soit réellement opérationnel.

Reste que les retards ont un coût. OpenAI voulait s’assurer 10 gigawatts de capacité de calcul via SoftBank et Oracle d’ici fin 2025. L’objectif n’a pas été atteint. Et le partenariat avec Nvidia, qui prévoyait 10 GW supplémentaires, ne se concrétise pas non plus comme annoncé initialement, rapporte The Decoder.

Un premier chantier, enfin

Pas de quoi signer l’arrêt de mort du projet. En octobre 2025, une première pelleteuse s’est mise en mouvement dans le comté de Milam, au Texas : un campus d’un gigawatt, le premier chantier concret de Stargate. Lent, mais réel.

La directrice financière d’OpenAI, Sarah Friar, s’était montrée prudente au Forum économique mondial de Davos : l’entreprise travaille avec des partenaires « pour protéger son bilan ». Traduction : OpenAI n’a pas les reins assez solides pour tout financer seul, et le sait.

500 milliards de dollars. C’est le chiffre que Trump a lancé en janvier 2025. Un an plus tard, on en est à un gigawatt en cours de construction au Texas. La question qui reste entière : Stargate est-il un projet ou un slogan ?