Mardi soir, l’équipe de Sora publiait encore une mise à jour de son application. Quelques heures plus tard, le compte officiel postait un message d’adieu sur X. OpenAI ferme Sora, son générateur de vidéos par intelligence artificielle, son réseau social, et coupe l’accès à l’API pour les développeurs. Le deal à un milliard de dollars avec Disney ? Annulé dans la foulée.

Mise à jour le lundi, enterré le mardi

L’annonce a pris tout le monde de court. « Nous disons au revoir à Sora. À tous ceux qui ont créé avec Sora, qui l’ont partagé et qui ont bâti une communauté autour : merci », a écrit OpenAI. Pas de date précise de fermeture, juste la promesse de « calendriers pour l’application et l’API, et des détails sur la préservation de votre travail ».

Le timing est brutal. Les notes de version de Sora montrent des mises à jour régulières jusqu’à cette semaine. L’application iOS avait même atteint la première place des téléchargements sur l’App Store d’Apple à l’automne 2025, rapporte Business Insider. Une version Android avait suivi peu après. Plus de deux ans de développement, une présentation qui avait stupéfié le monde en février 2024, un lancement en tant que Sora Turbo dix mois plus tard, puis Sora 2 avec son et insertion de visages. Tout ça pour un tweet d’adieu.

Un milliard de Disney parti en fumée

Le dommage collatéral le plus spectaculaire concerne Disney. En décembre 2025, le géant du divertissement avait annoncé un investissement d’un milliard de dollars dans OpenAI, avec un accord de licence permettant aux utilisateurs de Sora de générer des vidéos avec les personnages Disney. Le projet prévoyait même une intégration directe dans Disney+, où des sélections de vidéos créées par les fans seraient diffusées.

Quatre mois plus tard, l’accord est mort. « Nous respectons la décision d’OpenAI de quitter le marché de la génération vidéo et de réorienter ses priorités », a déclaré un porte-parole de Disney au Hollywood Reporter, ajoutant que l’entreprise « continuera à collaborer avec des plateformes d’IA pour trouver de nouvelles façons de rencontrer les fans là où ils se trouvent ». En clair : Disney cherche déjà un remplaçant.

La vidéo IA, un marché déjà saturé

Quand OpenAI a dévoilé Sora pour la première fois, la démonstration avait provoqué un choc. Des vidéos réalistes d’une minute, des scènes complexes avec plusieurs personnages, une cohérence visuelle qui n’existait nulle part ailleurs. Le problème, c’est que dix mois se sont écoulés entre la démonstration et le lancement public. Et pendant ces dix mois, la concurrence a rattrapé son retard.

Runway, Luma, et surtout les acteurs chinois Kling et Minimax ont tous livré des générateurs de vidéo IA compétitifs bien avant que Sora ne soit accessible au grand public. L’avantage technologique d’OpenAI s’est évaporé avant même d’être monétisé. Le réseau social intégré à l’application, où les utilisateurs pouvaient insérer des versions IA d’eux-mêmes dans des vidéos, n’a jamais trouvé son public. Comme VentureBeat le rappelle, l’accueil au lancement avait été « mitigé ».

Le dossier des droits d’auteur n’a pas aidé. Dès son lancement, Sora a suscité la colère d’Hollywood en permettant la génération de contenus utilisant librement des propriétés intellectuelles connues et des ressemblances d’acteurs. OpenAI avait dû faire marche arrière en quelques jours, donnant plus de contrôle aux studios et aux talents sur leurs images, selon le Hollywood Reporter.

Anthropic, la vraie raison du sacrifice

Pour comprendre pourquoi OpenAI enterre un produit dans lequel Disney avait investi un milliard, il faut regarder de l’autre côté de l’échiquier. Selon des données publiées par SimilarWeb et Ramp ces dernières semaines, Anthropic et son modèle Claude connaissent une adoption explosive en entreprise. Le code, les tâches autonomes, l’usage professionnel : c’est là que se joue la vraie bataille, pas dans les vidéos virales.

Le Wall Street Journal a révélé qu’OpenAI prépare une « super application » de bureau, pilotée par Fidji Simo (directrice des applications) et Greg Brockman (président), qui fusionnerait ChatGPT, la plateforme de code Codex et un navigateur web en une seule interface. L’objectif : simplifier l’expérience utilisateur et séduire les entreprises et les développeurs, le segment où Anthropic gagne du terrain chaque mois.

Sora ne cadrait pas avec cette stratégie. Générer des vidéos amusantes ne rapporte pas ce que rapporte un outil de productivité vendu aux entreprises du Fortune 500. OpenAI a choisi les marges plutôt que le spectacle.

Une restructuration bien au-delà de la vidéo

La fermeture de Sora s’inscrit dans un mouvement plus large. Le même jour, Sam Altman a annoncé une restructuration de la direction d’OpenAI et de sa fondation à but non lucratif. Cette dernière investira un milliard de dollars dans « les sciences de la vie et la guérison de maladies, l’emploi et l’impact économique, la résilience de l’IA et les programmes communautaires ». Un virage très éloigné de la création de contenu vidéo.

Comme le note VentureBeat, ce repositionnement signale un abandon net du contenu généré par IA en tant que produit autonome. La génération vidéo pourrait survivre sous forme de fonctionnalité intégrée à ChatGPT, mais Sora en tant que marque, application et communauté disparaît.

Google récupère le terrain

Avec la sortie d’OpenAI, Google DeepMind se retrouve en position dominante sur la vidéo IA à grande échelle. Son modèle Veo continue d’évoluer et reste le seul produit d’un géant tech encore actif sur ce segment. Le Hollywood Reporter souligne toutefois que Google n’a signé aucun accord avec les détenteurs de droits d’auteur, et fait face à plusieurs procès en cours.

Pour les créateurs qui avaient bâti leur workflow autour de Sora, le choc est rude. Pas de date de fermeture précise, pas de plan de migration vers un autre outil, juste la promesse de pouvoir « préserver son travail ». L’histoire de Sora résume en accéléré le cycle de vie d’un produit IA grand public : démonstration spectaculaire, course à la concurrence, problèmes de droits, et finalement, recentrage sur ce qui paye. La vidéo IA n’est pas morte, mais elle vient de perdre son nom le plus célèbre.