Un Tom Cruise contre Brad Pitt en vidéo générée par IA, en quelques secondes. C’est ce que Seedance 2.0 proposait sans gêne depuis son lancement le 12 février. Depuis, Hollywood a sorti l’artillerie lourde.
L’industrie s’unit
La Motion Picture Association (MPA) a envoyé vendredi une mise en demeure collective à ByteDance, la maison-mère de TikTok. Le document réclame l’arrêt immédiat du générateur vidéo IA Seedance 2.0, accusé de ce que l’association appelle une « violation systémique » des droits d’auteur. Première fois dans l’histoire, rapporte le Hollywood Reporter, que la MPA adresse ce type de courrier à une grande entreprise d’IA générative.
Netflix, Warner Bros., Disney, Paramount et Sony avaient déjà envoyé leurs propres mises en demeure dans les jours précédents. Warner Bros. a eu la formule la plus directe : ByteDance ne ferait que suivre « un manuel bien connu dans l’IA générative » : violer les droits pour faire le buzz, puis ajouter des garde-fous une fois les avocats en embuscade.
Pas un bug, une fonctionnalité
La MPA va plus loin que les studios. Elle soutient que le problème ne vient pas des utilisateurs. C’est ByteDance qui aurait entraîné Seedance sur les œuvres des studios sans leur accord, puis lancé le service sans la moindre protection. Résultat : des personnages de Spider-Man, des scènes de Transformers, des acteurs reproduits trait pour trait, tout accessible librement dès l’ouverture de l’outil.
« L’échelle et la cohérence de ces résultats démontrent une violation systémique, pas une inadvertance. La violation du droit d’auteur par Seedance est une fonctionnalité, pas un bug », écrit l’association dans sa lettre, citée par Variety. Le PDG de la MPA Charles Rivkin avait déjà dénoncé une « utilisation non autorisée des œuvres américaines à une échelle massive ».
ByteDance joue la montre
Lundi, ByteDance déclarait à la BBC qu’elle « respecte les droits de propriété intellectuelle » et travaille à renforcer ses protections. Pas suffisant. L’enquête continue de la MPA « révèle des exemples de Seedance produisant des contenus qui violent clairement les droits de nos membres », répond l’organisation. SAG-AFTRA, le syndicat des acteurs, et l’agence de talents CAA ont eux aussi pris position.
Côté calendrier, le lancement de l’API Seedance 2.0, prévu pour le 24 février, serait désormais en suspens, selon des rumeurs relayées par The Decoder. La pression légale forcerait ByteDance à ajouter des filtres supplémentaires avant d’ouvrir l’accès aux développeurs.
« C’est probablement fini pour nous »
Rhett Reese, scénariste de Deadpool & Wolverine, avait réagi au lancement de Seedance avec une phrase qui a beaucoup circulé : « Je déteste le dire. C’est probablement fini pour nous. » La boutade a fait sourire. Les mises en demeure, un peu moins. Le Japon a de son côté ouvert une enquête sur d’éventuelles violations touchant des personnages d’anime, rapporte The Decoder.
Reste une question que personne n’a encore résolue proprement : ces modèles vidéo IA peuvent-ils exister sans se nourrir d’œuvres protégées ? ByteDance n’a pas encore répondu sérieusement.