En juillet, un milliard d’utilisateurs Samsung perdront leur application de messagerie. Pas un bug, pas une mise à jour ratée : le constructeur coréen a décidé de supprimer définitivement Samsung Messages de tous ses téléphones. Le remplaçant, Google Messages, embarque Gemini, l’intelligence artificielle de Google, qui accède à vos conversations même quand vous pensez l’avoir désactivée.

Pas de vote, pas de choix

Samsung a publié un « End of Service Announcement » sur son site officiel, sans tambour ni trompette. Le message est limpide : après juillet 2026, plus personne ne pourra envoyer de SMS via Samsung Messages. L’application disparaîtra du Galaxy Store. Seuls les appels d’urgence resteront fonctionnels sur l’ancienne app.

Le mouvement n’est pas improvisé. Depuis le Galaxy Z Fold 6 et le Z Flip 6 sortis en 2024, Samsung avait déjà cessé de préinstaller sa propre application. Les Galaxy S25, puis les Galaxy S26, ont suivi. Les derniers modèles empêchent carrément le téléchargement depuis le Galaxy Store. Juillet 2026 entérine ce que Samsung organise depuis deux ans : la disparition de son outil maison au profit de celui de Google.

Gemini dans chaque conversation

Google Messages ne se contente pas de remplacer une app de SMS. Il intègre Gemini, le modèle d’intelligence artificielle de Google, directement dans l’interface de messagerie. Concrètement, l’IA peut rédiger des réponses à votre place, remanier vos photos avant envoi, résumer des fils de discussion et détecter les arnaques par SMS grâce à des filtres anti-spam « alimentés par l’IA », selon la présentation de Samsung.

Le RCS, protocole qui permet d’envoyer des photos en haute qualité, de voir quand quelqu’un tape et de créer des groupes plus riches, fonctionne désormais entre Android et iPhone depuis qu’Apple l’a adopté. Samsung met en avant cette compatibilité élargie pour justifier le changement. Mais le vrai sujet est ailleurs.

Vos messages, stockés 72 heures minimum

Gemini dans Google Messages pose un problème que Samsung n’aborde pas dans son communiqué. Selon une enquête de Malwarebytes publiée en 2025, l’IA de Google peut accéder aux applications Messages, Téléphone et WhatsApp « que votre paramètre Gemini Apps Activity soit activé ou non ». Autrement dit, même si vous pensez avoir coupé l’IA, elle continue de traiter vos données.

Google précise dans sa politique de confidentialité que les conversations avec Gemini sont conservées au minimum 72 heures « à des fins opérationnelles ». Quand un réviseur humain consulte un échange pour améliorer le modèle, la durée de rétention passe à trois ans. Et ces conversations ne bénéficient pas du chiffrement de bout en bout appliqué aux messages RCS classiques.

Le site spécialisé Pixel Gadget Hacks a décortiqué ce que Google appelle le « paradoxe de confidentialité de Gemini » : l’IA promet de vous aider dans vos messages tout en créant un pipeline de données que vous ne contrôlez pas entièrement. Tuta, le fournisseur de messagerie chiffrée allemand, a publié un guide complet pour désactiver Gemini sur Android, preuve que la préoccupation dépasse les cercles de spécialistes. L’Université du Tennessee a consacré un bulletin de sécurité aux « risques vie privée de l’IA embarquée », pointant Google Gemini comme cas d’école.

Un milliard d’utilisateurs, zéro alternative

Samsung écoule environ 241 millions de téléphones par an et revendique plus d’un milliard d’utilisateurs actifs dans le monde, selon les chiffres compilés par DemandSage en 2026. Le constructeur détient 19 % du marché mondial des smartphones et 31 % du marché Android. En Europe, sa part grimpe à 32 %.

Tous les appareils sous Android 12 ou plus récent sont concernés par la bascule. Seuls les modèles sortis avant 2022, restés sur des versions plus anciennes du système, y échappent. Samsung promet un processus de migration « guidé » : des notifications apparaîtront dans l’app, l’icône de Google Messages remplacera automatiquement celle de Samsung Messages dans le dock de l’écran d’accueil à partir d’Android 14.

Pour les montres connectées sous Tizen, la transition sera plus rude. L’historique complet des conversations ne sera plus accessible. L’envoi et la lecture de messages resteront possibles, mais sans le fil de discussion, la continuité disparaît.

Samsung n’est que le premier domino

Le retrait de Samsung Messages illustre une tendance plus large. Depuis trois ans, les fabricants Android abandonnent progressivement leurs applications maison (galerie, notes, calendrier) au profit des services Google. La raison est économique : maintenir une app de messagerie coûte cher en développement, et Google offre la sienne gratuitement en échange de l’accès aux données utilisateur.

Ce modèle crée une dépendance structurelle. Un utilisateur Samsung qui passe à Google Messages confie ses SMS, ses photos partagées et ses habitudes de communication à Google, qui s’en sert pour entraîner Gemini et affiner son ciblage publicitaire. Le constructeur coréen gagne en confort opérationnel ce que l’utilisateur perd en autonomie sur ses données. En 2025, la Commission européenne avait déjà sanctionné Google pour abus de position dominante dans les services préinstallés sur Android. Cette nouvelle intégration forcée de Gemini dans la messagerie par défaut pourrait relancer le débat à Bruxelles.

Ceux qui refusent ce transfert n’ont qu’une fenêtre d’action étroite. Avant juillet, il est possible d’exporter ses conversations depuis Samsung Messages. Après, seule l’installation d’une application tierce comme Signal ou Silence offrira une messagerie débarrassée de l’IA. Encore faut-il que le correspondant en face utilise la même app, ce qui limite fortement l’option pour les SMS classiques.

Samsung n’a pas communiqué de date précise en juillet. L’entreprise invite ses utilisateurs à surveiller les notifications dans l’application pour connaître le jour exact de la coupure. En attendant, Google Messages est déjà préinstallé sur l’ensemble de la gamme Galaxy 2025 et 2026, prêt à prendre le relais.