4,84 téraoctets dans une plaque de verre de 12 centimètres. Microsoft Research vient de détailler les avancées de Project Silica dans la revue Nature, et les chiffres donnent le vertige.

Du laser femtoseconde pour graver l’éternité

Le principe tient en une phrase : un laser ultrarapide grave des points microscopiques, appelés voxels, à l’intérieur d’une plaque de verre. Pas en surface, à l’intérieur. Empilés sur 301 couches dans seulement 2 millimètres d’épaisseur. Chaque impulsion dure quelques femtosecondes, soit un millionième de milliardième de seconde. Le tout forme un support d’écriture unique, impossible à altérer après gravure.

Jusqu’ici, la technologie ne fonctionnait qu’avec de la silice fondue, un matériau coûteux et difficile à produire. C’est là que ça devient intéressant.

Du verre de cuisine, littéralement

L’équipe de recherche a mis au point un second procédé qui fonctionne sur du verre borosilicate. Le même qu’on retrouve dans les plats Pyrex ou les portes de four. Moins cher, plus facile à fabriquer, disponible partout. Cette méthode repose sur des « voxels de phase » qui modifient l’indice de réfraction du verre au lieu de sa polarisation. Une seule impulsion laser suffit par point, contre deux avec l’ancienne technique.

Côté capacité, on parle de 2 téraoctets par plaque avec ce second procédé. Moins que la silice fondue, mais avec un matériau accessible et un système de lecture simplifié : une seule caméra au lieu de trois ou quatre, selon Microsoft Research.

10 000 ans, vraiment ?

Pour valider cette promesse, les chercheurs ont soumis les plaques à des tests de vieillissement accéléré. Chauffage à 500°C dans un four contrôlé, mesure de la dégradation du signal optique au fil du temps. L’énergie d’activation calculée, 3,28 électronvolts, est suffisamment élevée pour garantir une stabilité thermique sur le très long terme. Le modèle d’Arrhenius projette une durée de vie supérieure à 10 000 ans à température ambiante. Pour comparaison, un disque dur classique tient 5 à 10 ans, une bande magnétique 30 ans dans le meilleur des cas, rapporte Tom’s Hardware.

Les données ont été écrites sur trois plaques différentes, puis relues 37 fois. Variation du facteur de qualité entre les lectures : 0,25%. Autant dire que c’est remarquablement stable.

Ne sortez pas la carte bleue

Microsoft Research le dit clairement : rien n’est prêt pour la commercialisation. Le projet explore encore deux directions fondamentalement différentes, les voxels biréfringents et les voxels de phase, sans avoir tranché. Les débits d’écriture restent « de plusieurs ordres de grandeur inférieurs aux disques durs », selon la publication dans Nature. Et la feuille de route mentionne des lasers à 50 MHz et du multiplexage multi-faisceaux qui pourraient, dans le meilleur des cas, multiplier les performances par 20.

Le déploiement envisagé passerait par des bibliothèques robotisées de plaques de verre dans le cloud, pour l’archivage froid de très longue durée. Le genre de données qu’on doit conserver des décennies sans jamais y toucher. Hôpitaux, archives nationales, banques, studios de cinéma.

Bref, on n’achètera pas de « SSD en verre » demain matin. Mais la publication dans Nature confirme que la piste est scientifiquement solide. Reste à transformer le labo en usine.