Satya Nadella ne mise plus tout sur OpenAI. Lundi, Microsoft a dévoilé Copilot Cowork, un agent autonome intégré à sa suite bureautique Microsoft 365 qui planifie, exécute et livre du travail fini en tâche de fond. Le moteur de cette nouvelle fonctionnalité ne vient pas de son partenaire historique : il repose sur la technologie de Claude Cowork, développée par Anthropic. Un choix qui redistribue les cartes dans la guerre des agents IA en entreprise.
Un agent qui agit au lieu de répondre
Jusqu’ici, Copilot se contentait de rédiger un brouillon de mail ou de résumer une réunion Teams. Copilot Cowork pousse la logique bien plus loin. L’utilisateur décrit un objectif, par exemple préparer un dossier client complet, et l’agent construit un plan d’action, le découpe en étapes, puis l’exécute à travers Outlook, Teams, Excel et PowerPoint sans intervention humaine, rapporte VentureBeat.
Concrètement, Cowork peut réorganiser un agenda de la semaine en déclinant les réunions inutiles et en bloquant du temps de concentration. Il peut compiler un mémo de veille concurrentielle en croisant mails, fichiers SharePoint et données publiques, puis générer un tableau Excel chiffré et un diaporama prêt à présenter. Le tout tourne en arrière-plan pendant que l’employé fait autre chose.
Microsoft insiste sur un point : l’agent demande confirmation avant d’appliquer des modifications sensibles. L’utilisateur garde la main à chaque étape, avec la possibilité de corriger, valider ou stopper l’exécution. « Copilot travaille de façon indépendante, sans que vous perdiez le contrôle », précise le blog officiel de la firme.
Anthropic dans la boîte, OpenAI sur le banc
Le détail le plus frappant de cette annonce se cache dans le communiqué technique de Microsoft. « Nous avons travaillé étroitement avec Anthropic et intégré la technologie qui propulse Claude Cowork dans Microsoft 365 Copilot », écrit Jared Spataro, vice-président de la division IA chez Microsoft, dans le billet de blog accompagnant le lancement. Claude est désormais accessible directement dans Copilot Chat, aux côtés des modèles GPT d’OpenAI.
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Microsoft appelle cette approche le « multimodel advantage » : au lieu de s’enfermer dans un seul fournisseur de modèles, Copilot sélectionne le meilleur outil pour chaque tâche. Pour les opérations multi-étapes longues, c’est Anthropic qui prend le relais. The Decoder souligne que cette ouverture vers un rival direct d’OpenAI marque un tournant dans la stratégie de Microsoft, qui avait jusque-là misé des milliards quasi exclusivement sur le créateur de ChatGPT.
OpenAI n’a pas de produit équivalent à Claude Cowork dans son catalogue. La société travaille sur Frontier, une plateforme d’agents B2B pensée pour s’intégrer aux systèmes informatiques d’entreprise, mais elle n’est pas encore disponible, précise The Decoder.
285 milliards évaporés en un après-midi
L’arrivée de Copilot Cowork s’inscrit dans un contexte de tension extrême pour les éditeurs de logiciels d’entreprise. En février, quand Anthropic a lancé Claude Cowork sur Mac, puis sur Windows, les marchés ont violemment réagi. Bloomberg a documenté un effondrement de 285 milliards de dollars de capitalisation boursière sur les valeurs SaaS en une seule séance. Les investisseurs ont subitement réévalué toutes les sociétés dont le cœur de métier, gestion de projet, rédaction, analyse de données, automatisation, chevauchait ce qu’un agent IA pouvait désormais faire seul.
Des acteurs comme Intuit, ServiceNow, Salesforce ou Atlassian ont vu leurs cours décrocher. Comme nous l’expliquions récemment, Intuit a perdu 40 % de sa valeur boursière en quelques semaines. Le raisonnement des marchés est simple : si une IA peut rédiger, analyser et coordonner du travail à travers dix applications différentes, pourquoi payer des licences séparées pour chacune ?
Claude Cowork contre Copilot Cowork : local contre cloud
Les deux produits partagent le même ADN technique, mais visent des publics différents. Claude Cowork, la version originale d’Anthropic, fonctionne en local sur le poste de travail. L’utilisateur lui ouvre l’accès à des dossiers précis, et l’agent navigue, édite et crée des fichiers sur la machine. Il se connecte à des services externes via des plugins (Google Drive, Slack, DocuSign, Salesforce), mais reste fondamentalement un outil personnel.
Copilot Cowork prend le chemin inverse. Il tourne dans le cloud de Microsoft et accède à l’ensemble du graphe de données professionnelles de l’utilisateur : historique de mails Outlook, fils de discussion Teams, fichiers SharePoint, classeurs Excel, calendriers. Quand l’agent reprogramme une réunion ou compile un rapport, il puise dans toutes ces sources simultanément, selon VentureBeat. Les politiques de sécurité, d’identité et de conformité déjà configurées par les administrateurs IT s’appliquent automatiquement.
Pour les grandes entreprises qui vivent dans l’écosystème Microsoft 365, la proposition de valeur est claire : un agent qui comprend le contexte organisationnel sans demander à chaque employé de gérer manuellement les permissions de dossiers. Pour les startups et les équipes plus agiles qui jonglent entre des outils variés, Claude Cowork reste plus flexible.
La « vague 3 » de Copilot et ses nouvelles ambitions tarifaires
Copilot Cowork n’est pas un produit isolé. Il arrive dans le cadre de ce que Microsoft appelle la « Wave 3 » de Microsoft 365 Copilot, une mise à jour globale de la plateforme. Au programme : des capacités d’agents autonomes intégrées directement dans Word, Excel, PowerPoint et Outlook, et de nouveaux paliers de tarification entreprise qui regroupent productivité IA, sécurité et gouvernance dans un même abonnement.
Le produit est pour l’instant réservé à un nombre limité de clients en « research preview ». L’accès élargi passera par le programme Frontier de Microsoft, prévu pour fin mars 2026. Satya Nadella a promu le lancement sur X : « Quand vous confiez une tâche à Cowork, il transforme votre demande en plan et l’exécute à travers vos applications et vos fichiers, ancré dans vos données professionnelles et opérant dans les limites de sécurité de M365. »
Du côté d’OpenAI, la pression monte. La société a annoncé lundi l’acquisition de Promptfoo, une startup de sécurité IA fondée en 2024, dont la technologie sera intégrée à sa propre plateforme d’agents Frontier, rapporte TechCrunch. OpenAI court après Anthropic sur le terrain des agents d’entreprise, un segment où son ancien allié Microsoft vient de lui infliger un camouflet public. La course à l’agent autonome en col blanc ne fait que commencer.