Cent milliards de dollars. C’est le montant que Meta s’apprête à dépenser chez AMD en puces pour l’intelligence artificielle, selon un accord pluriannuel annoncé ce mardi 24 février.
Un chèque en blanc contre des actions
Le deal est massif, mais sa mécanique est presque aussi intéressante que le montant. AMD a émis un bon de souscription donnant à Meta le droit d’acquérir jusqu à 160 millions d’actions AMD, soit environ 10 % du capital, pour un centime pièce. Le hic : ce bonus ne se débloque que par tranches, liées à des objectifs de performance. Pour toucher le jackpot complet, il faudrait que l’action AMD atteigne 600 dollars, rapporte le Wall Street Journal. Lundi soir, elle clôturait à 196 dollars. Autant dire que Lisa Su a intérêt à livrer.
Concrètement, Meta va acheter les GPU MI540 d’AMD et sa dernière génération de processeurs. « Le marché des processeurs est en feu », a lancé Lisa Su, la patronne d’AMD, lors d’un point investisseurs mardi matin, citée par TechCrunch. L’inférence IA et les agents autonomes tirent la demande vers le haut, et AMD compte bien en profiter.
Zuckerberg veut sa « superintelligence personnelle »
Mark Zuckerberg ne fait plus dans la demi-mesure. Le patron de Meta a qualifié cet accord d « étape importante » dans la diversification de ses capacités de calcul, avec un objectif qui donne le vertige : la « superintelligence personnelle ». Comprenez des systèmes d’IA conçus pour comprendre chaque utilisateur en profondeur et l’accompagner dans sa vie quotidienne. Rien que ça.
Les chiffres donnent une idée de l’appétit : Meta a promis d’investir au moins 600 milliards de dollars dans ses data centers et son infrastructure IA aux États-Unis dans les prochaines années, selon Reuters. Pour 2026 seulement, les dépenses d’investissement sont estimées à 135 milliards de dollars, d’après TechCrunch. Le deal avec AMD devrait alimenter environ six gigawatts de capacité de calcul.
Pas question de dépendre d’un seul fournisseur
Ce contrat arrive deux semaines après un autre accord pluriannuel, celui-là avec Nvidia. Meta avait signé pour des millions de processeurs Grace et Vera, ainsi que des GPU Blackwell et Rubin, rapportait The Verge le 18 février. Premier déploiement à grande échelle des CPU Grace seuls, selon Nvidia. Bref, Zuckerberg achète partout.
La stratégie est limpide. Nvidia domine le marché des puces IA et facture en conséquence. En signant avec AMD, Meta se donne un levier de négociation, tout en sécurisant ses approvisionnements. OpenAI avait fait exactement le même calcul en octobre dernier, en signant un
accord similaire avec AMD, rappelle TechCrunch.
Meta développe aussi ses propres puces en interne, mais le Financial Times révélait récemment des retards techniques et des problèmes de déploiement. En attendant que la maison fasse ses frites elle-même, elle remplit le congélateur chez tous les fournisseurs disponibles.
AMD, le challenger qui monte
Pour AMD, c’est la confirmation d’un virage. Longtemps cantonnée au rôle d’éternel second derrière Nvidia dans le calcul IA, l’entreprise de Lisa Su enchaîne les gros contrats. OpenAI en octobre, Meta aujourd hui. Le modèle est rodé : des actions contre des engagements d’achat massifs, avec des paliers qui poussent AMD à surperformer.
Reste une question que personne ne pose assez fort : qui va fabriquer toutes ces puces ? TSMC, le fondeur taïwanais qui produit pour AMD comme pour Nvidia, tourne déjà à plein régime. La course aux puces IA ressemble de plus en plus à un jeu de chaises musicales, où tout le monde veut s’asseoir en même temps.