500 millions de dollars. C’est la somme que MatX vient de lever pour fabriquer un processeur taillé sur mesure pour les grands modèles de langage, avec l’ambition d’offrir des performances dix fois supérieures aux GPU de Nvidia. La startup californienne, fondée en 2023 par deux anciens ingénieurs de Google, passe à la vitesse supérieure.

Des ex-Google qui connaissent la recette

Reiner Pope et Mike Gunter ne sont pas des inconnus dans le monde du silicium. Le premier dirigeait le développement logiciel des TPU chez Google, ces fameuses puces maison qui font tourner les services d’intelligence artificielle du géant. Le second en dessinait le matériel. Les deux ont quitté Mountain View avec une conviction : les GPU de Nvidia, aussi puissants soient-ils, ne sont pas le meilleur outil possible pour entraîner et faire fonctionner les LLM.

Leur puce, baptisée MatX One, repose sur une architecture dite « systolic array séparable », combinant mémoire SRAM pour la vitesse brute et HBM pour gérer les longs contextes. Sur le papier, le résultat promet un débit supérieur à tout ce qui existe sur le marché, selon les données publiées par la startup.

Un casting d’investisseurs qui en dit long

Le tour de table a été mené par Jane Street, l’un des fonds quantitatifs les plus redoutés de Wall Street, et par Situational Awareness LP, le véhicule d’investissement de Leopold Aschenbrenner. Ce nom dit quelque chose ? Normal. Ancien chercheur chez OpenAI, Aschenbrenner a publié un mémo devenu culte sur la course à l’AGI avant de lancer son propre fonds. Sa présence dans ce tour est tout sauf anecdotique, rapporte TechCrunch.

Et la liste ne s’arrête pas là. Andrej Karpathy, ex-directeur de l’IA chez Tesla et cofondateur d’OpenAI, a mis au pot. Patrick et John Collison, les deux frères derrière Stripe, aussi. Marvell Technology, géant des semi-conducteurs, complète le tableau avec Spark Capital. Bref, tout le gratin de la Silicon Valley semble parier sur MatX.

Livraison prévue en 2027, la course est lancée

Les fonds serviront à boucler le développement de la puce et à lancer la production chez TSMC, le fondeur taïwanais incontournable. Le « tapeout », cette étape critique où le design part en fabrication, est prévu dans moins d’un an, a précisé le fondateur sur LinkedIn. Les premières livraisons viseraient 2027.

MatX n’est pas seul sur ce créneau. Etched, son concurrent le plus direct, a bouclé un tour de 500 millions de dollars en janvier à une valorisation de 5 milliards, selon Bloomberg. La startup n’a pas communiqué sa propre valorisation, mais son précédent tour de 100 millions en 2024 la plaçait déjà au-dessus de 300 millions, d’après TechCrunch.

Faut-il y voir un tournant ? Les géants de l’IA dépensent des dizaines de milliards chaque année en GPU Nvidia. Si une puce spécialisée peut réellement offrir dix fois mieux pour les LLM, le marché pourrait basculer plus vite que prévu. Reste à prouver que les promesses de MatX survivront au passage du labo à l’usine. Rendez-vous en 2027.