Moins 6% en un an. C’est la chute des inscriptions en informatique dans les universités californiennes, rapportée cette semaine par le San Francisco Chronicle. Un recul qui confirme une tendance amorcée en 2024 (déjà -3% à l’époque) et qui tranche avec la hausse globale des inscriptions à l’université, en progression de 2% aux États-Unis selon le National Student Clearinghouse.
Mais alors, où vont ces étudiants ? La réponse tient en deux lettres.
Le virage IA, version américaine
UC San Diego est la seule fac du réseau University of California à voir ses effectifs grimper. Différence : elle a lancé un cursus dédié à l’intelligence artificielle dès la rentrée 2025. Au MIT, la filière « IA et prise de décision » est devenue le deuxième plus gros programme du campus. L’université de South Florida a attiré plus de 3 000 inscrits dans son nouveau département IA et cybersécurité. Buffalo a reçu 200 candidatures avant même d’ouvrir ses portes.
On assiste à un glissement massif. Les étudiants ne rejettent pas la tech, ils veulent juste la bonne tech. Celle qui embauche, celle qui fait les gros titres, celle qui transforme les secteurs un par un.
La Chine, déjà deux longueurs d’avance
Et pendant ce temps, la Chine n’a pas attendu. Selon le MIT Technology Review, près de 60% des étudiants et enseignants chinois utilisent des outils d’IA plusieurs fois par jour. L’université de Zhejiang a rendu les cours d’IA obligatoires. Tsinghua a carrément créé des facultés interdisciplinaires dédiées. Là-bas, savoir utiliser l’IA n’est plus un bonus sur le CV. C’est un prérequis.
Les universités américaines, elles, bricolent. Le chancelier de UNC Chapel Hill décrivait en octobre un corps enseignant coupé en deux : d’un côté ceux qui foncent, de l’autre ceux qui « font l’autruche ». Difficile de bâtir une stratégie nationale avec ce genre de fracture.
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Ce que ça change pour le marché de l’emploi
Le signal envoyé par les étudiants est limpide. Un diplôme classique en informatique ne suffit plus à garantir un poste. Les premiers signes de burnout liés à l’IA dans les entreprises tech montrent d’ailleurs que le secteur mute à une vitesse folle. Les recruteurs veulent des profils spécialisés, pas des généralistes qui ont appris Java en deuxième année.
Résultat : les cursus hybrides explosent. IA appliquée à la santé, IA et droit, IA et finance. Les universités qui tardent à pivoter risquent de se retrouver avec des amphis vides. Et des diplômés qui galèrent.
Faut-il s’inquiéter pour l’informatique « classique » ? Pas vraiment. Les fondamentaux restent indispensables. Mais le marché, lui, a déjà tranché. Chez Spotify, les meilleurs développeurs n’ont pas écrit une ligne de code depuis décembre, grâce à l’IA. Le message est clair : apprendre à coder, c’est bien. Apprendre à piloter l’IA qui code, c’est mieux.