Fini les résumés automatiques, l’aide à la rédaction et les assistants virtuels. Le Parlement européen a décidé de couper toutes les fonctions d’intelligence artificielle générative sur les tablettes professionnelles de ses eurodéputés. Une décision radicale, révélée par Politico, qui touche aussi les collaborateurs parlementaires.
Des données qui filent vers le cloud
Le service informatique du Parlement (e-MEP) a envoyé un courriel aux élus pour expliquer la mesure. Le problème : la quasi-totalité des fonctions d’IA générative embarquées dans les tablettes ne tournent pas en local. Elles envoient les données vers des serveurs distants pour être traitées. « Certaines de ces fonctionnalités utilisent des services cloud pour effectuer des tâches qui pourraient être traitées localement, envoyant ainsi des données hors de l’appareil », précise le message.
Chaque fois qu’un député utilisait l’assistant IA pour résumer un document ou reformuler un texte, des informations potentiellement sensibles quittaient l’appareil. Direction : les serveurs d’Apple, Google ou Microsoft, selon le constructeur de la tablette.
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Une évaluation en cours, zéro calendrier
L’institution ne ferme pas définitivement la porte. Elle conditionne le retour de ces outils aux résultats d’une évaluation de sécurité en cours. « Tant que cela n’est pas entièrement clarifié, il est jugé plus sûr de maintenir ces fonctionnalités désactivées », conclut l’assistance technique. Aucune date de fin n’a été communiquée.
Les applications classiques, messagerie, calendrier, documents, restent accessibles normalement. C’est uniquement la couche IA générative qui est visée.
L’UE serre la vis depuis un moment
Cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large. TikTok est déjà interdit sur les appareils professionnels des institutions européennes depuis 2023. Plusieurs élus militent pour réduire la dépendance aux logiciels américains au profit de solutions développées en Europe.
Les députés sont aussi invités à la prudence sur leurs appareils personnels utilisés à des fins professionnelles. Le Parlement leur recommande d’éviter d’exposer courriels et documents internes à des outils d’IA tiers, et de limiter les autorisations d’accès aux données.
Le Parlement européen, qui a lui-même voté l’AI Act en 2024 pour réguler l’intelligence artificielle, applique visiblement ses propres principes de précaution en interne. Reste à savoir combien de temps ses élus devront se passer de leur assistant numérique.