Un pixel sur deux. C’est ce que le Galaxy S26 Ultra désactive pour rendre votre écran illisible à quiconque regarde par-dessus votre épaule. Ce Privacy Display, premier du genre sur un smartphone, constitue la grande carte que Samsung abat pour justifier un tarif de 1 469 euros en France. Les mesures en laboratoire révèlent pourtant un compromis que les démonstrations officielles passaient sous silence.
Deux couches de pixels, un seul tour de passe-passe
Le principe tient en une phrase : l’écran du S26 Ultra embarque deux jeux de pixels superposés. Le premier projette l’image droit devant, vers l’utilisateur. Le second diffuse la lumière sur les côtés, assurant un angle de vision classique. Coupez cette seconde couche, et l’affichage devient quasi invisible dès qu’on s’écarte de quelques degrés. Samsung permet de l’activer globalement, de le limiter aux notifications entrantes ou de le déclencher à l’ouverture d’applications sensibles, une appli bancaire par exemple. Le mode s’intègre aussi aux routines automatisées : il peut se désactiver quand vous rentrez chez vous et se réactiver en sortant, rapporte The Verge. L’effet fonctionne aussi bien en mode portrait qu’en mode paysage.
La technologie n’est pas une première absolue. HP l’avait intégrée sur certains PC portables dès 2016 avec sa gamme Sure View. Mais la miniaturiser sur un smartphone de 6,9 pouces représente un défi technique d’un autre calibre, et Samsung est le premier constructeur à franchir ce cap.
Luminosité en chute libre, contraste à genoux
L’écran anti-voyeur produit l’effet promis. Personne n’en doute. Mais le laboratoire de 01net a quantifié ce que la démonstration officielle ne montrait pas. En activant le filtre, la définition de l’écran chute de moitié : de la résolution QHD+ habituelle (environ 3 120 x 1 440 pixels), on tombe à 1 560 x 720 pixels, soit 249 points par pouce. Le texte perd sa finesse.
La luminosité dégringole encore plus brutalement : moins 52 % en mode automatique, selon les mesures du 01Lab. Et le ratio de contraste, théoriquement infini sur une dalle OLED, s’effondre à 42 pour 1. Le rendu vire au grisâtre. 01net décrit un affichage « délavé » qui n’a plus rien à voir avec la qualité habituelle des écrans Samsung. Ces chiffres placent le Privacy Display dans la catégorie des fonctions à usage ponctuel : une protection dans le métro ou au café, pas un mode permanent.
Samsung laisse au moins la main sur les réglages : intensité du filtre ajustable, activation par application, automatisation par routine. De quoi limiter les compromis si vous n’activez le mode que quand c’est réellement utile.
Les mêmes capteurs photo depuis cinq générations
En dehors du Privacy Display, les nouveautés hardware du S26 Ultra se comptent sur les doigts d’une main. L’ouverture du capteur principal de 200 mégapixels passe de f/1.7 à f/1.4. Celle du téléobjectif 5x de 50 mégapixels descend de f/3.4 à f/2.9. Davantage de lumière atteint le capteur, ce qui profite aux clichés en basse lumière.
Mais le constat de fond ne change pas : comme le souligne The Verge, Samsung n’a pas réellement changé ses capteurs depuis le Galaxy S22, soit cinq générations de flagship avec la même base matérielle. Le logiciel compense, les algorithmes s’affinent, mais les gains physiques plafonnent. Face au Xiaomi 17, à l’Oppo Find X9 Pro ou au Google Pixel 10 Pro XL, le S26 Ultra ne domine plus systématiquement en photo, constate 01net après plusieurs jours de test.
Côté design, le titane tire sa révérence. Samsung revient à l’aluminium, ce qui allège le téléphone (214 grammes contre 218 pour le S25 Ultra) et l’affine (7,9 mm contre 8,2 mm). Un choix pragmatique qui suit Apple, passé par le même retour en arrière. L’absence de charge magnétique Qi2 intégrée reste un point de friction : Google l’a adoptée sur le Pixel 10, Samsung préfère vendre des coques avec aimants intégrés.
L’IA remplit les trous du cahier des charges
Là où le matériel stagne, Samsung compense par la couche logicielle. L’assistant Gemini de Google arrive en version « agentique » sur le S26 : il peut réserver un VTC ou passer une commande de courses à votre place, en travaillant en arrière-plan pendant que vous faites autre chose. Samsung annonce que le nombre d’applications compatibles reste limité au lancement. The Verge, qui a assisté à une démo « très encadrée » de l’intégration Uber, confirme que le système fonctionne mais reste sur rails, qui a assisté à une démo « très encadrée » de l’intégration Uber.
La retouche photo gagne un éditeur en langage naturel. Au lieu de manipuler des curseurs, vous décrivez les modifications souhaitées en texte libre. Samsung ajoute aussi le filtrage d’appels par IA et la détection d’arnaques téléphoniques, deux fonctions calquées sur l’écosystème Pixel. La vidéo hérite d’un stabilisateur « horizontal lock » qui maintient l’orientation même si vous retournez le téléphone dans tous les sens, taillé pour les vidéos d’action en résolution QHD.
1 469 euros pour un pari sur un seul composant
Le Galaxy S26 Ultra démarre à 1 469 euros en France (256 Go), grimpe à 1 669 euros en 512 Go et culmine à 1 969 euros pour le modèle 1 To avec 16 Go de RAM, d’après 01net. Aux États-Unis, Samsung maintient le tarif de l’an dernier à 1 299 dollars, un exploit relatif en période de pénurie de mémoire et de tensions sur les droits de douane qui font monter les coûts de production.
Les Galaxy S26 et S26 Plus, eux, augmentent de 100 dollars (899 et 1 099 dollars). Ils n’ont ni le Privacy Display, ni les optiques améliorées de l’Ultra, et conservent les mêmes capteurs photo que leurs quatre prédécesseurs. The Verge leur attribue un 7 sur 10 avec un verdict lapidaire sur le S26 Plus : « This again ». Hors des États-Unis, l’Exynos 2600 de Samsung remplace le Snapdragon 8 Elite Gen 5, réservé au marché américain et à la gamme Ultra mondiale.
Les précommandes ont démarré, les livraisons suivent dans les prochains jours. Les premiers retours montrent que c’est le Privacy Display qui cristallise l’attention des acheteurs, pas les fonctions IA. Face à l’iPhone 17 Pro, au Pixel 10 Pro XL et aux offensives d’Oppo et Honor sur le segment premium, Samsung n’a plus le luxe de miser cinq années de suite sur les mêmes capteurs. La prochaine étape logique serait d’étendre l’écran anti-voyeur aux S27 et S27 Plus l’an prochain, pour en faire un argument de gamme plutôt qu’un luxe réservé à l’Ultra.