36 ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que quelqu’un ose adapter fidèlement le manga de Masamune Shirow. Depuis 1989, Ghost in the Shell a engendré des films, des séries, un blockbuster hollywoodien et même un jeu vidéo, sans que personne ne touche réellement à l’œuvre originale. Le studio Science Saru vient de publier une bande-annonce qui change la donne : cheveux bleus pour Motoko Kusanagi, Tachikomas rouges, humour décalé du manga. La série débarque sur Prime Video en juillet 2026, et c’est la première fois que l’adaptation ressemble vraiment à sa source.

Un manga que personne n’avait vraiment adapté

Quand Mamoru Oshii réalise le film de 1995 avec Production I.G, il prend des libertés considérables. Le ton contemplatif et philosophique du long-métrage n’a presque rien à voir avec le manga, où Shirow alterne scènes d’action survoltées, gags potaches et réflexions sur la conscience artificielle. Le personnage de Motoko Kusanagi lui-même est transformé : froid et distant dans le film, comique et expressif dans les pages originales. Selon ScreenRant, aucune des dix adaptations animées et cinématographiques produites depuis n’a tenté de restituer cette dualité.

Le film de 1995 reste un monument. Il a directement inspiré les Wachowskis pour Matrix, comme les deux réalisatrices l’ont confirmé publiquement. Mais cette influence colossale a eu un effet pervers : chaque adaptation suivante a calqué le ton sombre et introspectif d’Oshii plutôt que de revenir à Shirow. Stand Alone Complex, Arise, Innocence, tous ont perpétué cette version « sérieuse » de l’univers, selon Polygon. Le manga original, avec ses marges remplies de notes techniques délirantes et ses passages comiques, restait le parent pauvre de la franchise.

Deux échecs qui ont tout relancé

Le remake hollywoodien de 2017 avec Scarlett Johansson aurait pu enterrer la franchise. Produit pour 110 millions de dollars, selon les données compilées par Box Office Mojo, le film en a rapporté 169 millions en salles, un résultat insuffisant pour couvrir les frais de marketing. La polémique sur le casting, une actrice américaine dans le rôle d’un personnage japonais, avait plombé la promotion avant même la sortie. Le long-métrage récolte 52 % sur Rotten Tomatoes : correct pour un blockbuster, désastreux pour un héritage culte.

Netflix tente sa chance avec Ghost in the Shell: SAC_2045, diffusée de 2020 à 2022. L’animation 3D divise dès les premières images. Le studio Production I.G, pourtant aux commandes du chef-d’œuvre de 1995, livre une série visuellement en deçà des attentes. Les fans parlent de trahison stylistique. D’après Nerdist, SAC_2045 « a fait pire que le film de 2017 » en termes de réception critique. Deux revers consécutifs qui auraient pu tuer Ghost in the Shell pour de bon.

Science Saru, le studio qui ne fait rien comme les autres

Fondé en 2013 par le réalisateur Masaaki Yuasa et la productrice Eunyoung Choi, Science Saru s’est bâti une réputation d’électron libre. Devilman Crybaby sur Netflix en 2018, le film Inu-oh en 2021, Scott Pilgrim Takes Off en 2023, puis le phénomène Dandadan en 2024-2025 : chaque projet impose un style visuel radicalement différent. Le studio, basé à Tokyo, emploie une équipe internationale et privilégie une animation hybride numérique qui lui permet de varier les registres avec une souplesse rare dans l’industrie, d’après les informations compilées par CBR et Wikipedia.

Pour The Ghost in the Shell, Science Saru a recruté Toma Kimura comme réalisateur. Son CV parle de lui-même : il a travaillé sur Devilman Crybaby et Dandadan, deux séries où l’action frénétique cohabite avec des moments d’émotion brute. Le character designer Shuuhei Handa, passé par Kill la Kill et SSSS.Gridman, complète un duo taillé pour restituer l’énergie graphique du manga de Shirow. Polygon rapporte que le trailer de 35 secondes, publié le 27 mars, montre déjà les Tachikomas rouges du manga (et non violets comme dans SAC) et une Motoko aux cheveux bleus, fidèle au design original des années 80.

Ce que le trailer révèle (et ce qu’il cache)

La bande-annonce dévoile une métropole cyberpunk grouillante, bien loin de l’esthétique épurée du film de 1995. On y voit les Tachikomas, ces tanks arachnéens dotés d’une intelligence artificielle enfantine, se balader au-dessus de la ville en utilisant leurs câbles, comme dans les pages de Shirow. La direction artistique assume un look rétro-80s plutôt que de chercher le photoréalisme : un choix audacieux qui tranche avec la tendance actuelle de l’industrie, d’après l’analyse de ScreenRant.

Le studio n’a presque rien dit sur l’intrigue. D’après Engadget, Science Saru confirme uniquement que la série est « basée sur le manga de Masamune Shirow », sans préciser quels arcs seront couverts. Le manga original est dense : neuf chapitres principaux plus des pages bonus, un mélange d’enquêtes policières du futur, de piratage informatique et de questionnements sur ce qui définit l’humanité quand le corps entier peut être remplacé par de la cybernétique. La question reste ouverte : Science Saru adaptera-t-il l’intégralité, ou sélectionnera-t-il les passages les plus cinématographiques ?

Prime Video joue gros sur l’anime

L’annonce a été faite lors du premier showcase International Originals de Prime Video à Londres, rapporte Variety. Ghost in the Shell s’inscrit dans une offensive asiatique qui comprend aussi le drama coréen Human x Gumiho avec Jun Ji-hyun et un film indien produit par Alia Bhatt. Amazon mise sur l’anime comme levier de croissance international depuis le succès de Solo Leveling et Frieren, et Ghost in the Shell représente la prise la plus ambitieuse de ce catalogue.

Pour les fans, l’enjeu dépasse le divertissement. Ghost in the Shell a posé les bases visuelles et narratives de tout le cyberpunk moderne, du cinéma (Matrix, Blade Runner 2049) aux jeux vidéo (Cyberpunk 2077, Deus Ex). Si Science Saru réussit à capturer l’esprit du manga original, ce sera la preuve qu’un retour aux sources peut relancer une franchise que deux adaptations ratées avaient laissée pour morte. Rendez-vous en juillet 2026 pour le verdict.