78% du code produit chez Spotify depuis janvier 2026 a été généré par une IA. Le chiffre fait tourner les têtes. Mais concrètement, comment une machine peut-elle écrire du code ? Et surtout : est-ce que ça marche vraiment ?
Le principe : l’autocomplétion sous stéroïdes
On connaît tous l’autocomplétion sur smartphone. Vous tapez « sal » et le clavier propose « salut ». Les assistants de code IA fonctionnent sur le même principe, mais à une échelle radicalement différente.
Des outils comme GitHub Copilot, Cursor ou Codeium analysent ce que vous êtes en train d’écrire, le contexte du fichier, le projet entier parfois, et suggèrent la suite. Pas un mot. Des blocs entiers de code. Des fonctions complètes. Parfois des pages entières.
Derrière, ce sont des modèles de langage (LLM) entraînés sur des milliards de lignes de code open source. GPT-4, Claude, Gemini : les mêmes cerveaux qui alimentent ChatGPT savent aussi programmer. En Python, JavaScript, Swift, Rust, et dans à peu près tous les langages existants.
Du copilote au pilote automatique
Au départ, ces outils se contentaient de compléter vos lignes. Vous commenciez à écrire une fonction, l’IA finissait. Pratique, mais limité.
Depuis fin 2025, on a changé de braquet. Les assistants IA comprennent désormais des instructions en langage naturel. Vous écrivez en français « crée un formulaire de contact avec validation email » et l’outil génère le code correspondant. HTML, CSS, JavaScript, tout le package.
C’est ce qu’on appelle le « vibe coding ». Un terme inventé par Andrej Karpathy, ancien directeur IA chez Tesla, début 2025. L’idée : vous décrivez ce que vous voulez, l’IA code, vous validez. Comme diriger un orchestre sans savoir jouer d’un instrument.
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Qui utilise quoi ?
Le marché explose. Quelques repères :
- GitHub Copilot : le pionnier, lancé en 2021 par GitHub (propriété de Microsoft) en partenariat avec OpenAI. Plus de 1,8 million d’abonnés payants début 2026. Intégré dans VS Code, JetBrains, Neovim. Prix : 10$/mois pour les particuliers.
- Cursor : l’éditeur de code « AI-native » qui cartonne depuis mi-2025. Contrairement à Copilot qui s’ajoute à un éditeur existant, Cursor EST l’éditeur. L’IA est partout : dans la recherche, le refactoring, le debug. La startup a levé 400 millions de dollars.
- Claude Code (Anthropic) : un assistant qui fonctionne en terminal. Vous lui décrivez un bug, il fouille votre code, identifie le problème et propose un fix. Moins visuel, mais redoutablement efficace pour les devs confirmés.
- Codeium / Windsurf : l’alternative gratuite qui monte, rachetée par OpenAI début 2025.
Chez Spotify, les meilleurs développeurs n’auraient pas écrit une seule ligne de code manuellement depuis décembre. Tout passe par l’IA. Le développeur guide, relit, valide. Mais ne tape plus.
Les limites qu’on préfère ne pas voir
Alors oui, ça fait rêver. Mais les problèmes sont bien réels.
Premier souci : la qualité. Le code généré par IA fonctionne souvent « à peu près ». Il passe les tests basiques, mais introduit des bugs subtils, des failles de sécurité, des mauvaises pratiques. Une étude de Stanford (2024) a montré que les développeurs assistés par IA produisaient du code MOINS sécurisé que ceux qui codaient seuls. Contre-intuitif, mais logique : on fait moins attention quand on pense que la machine gère.
Deuxième problème : la dépendance. Les étudiants en informatique se ruent vers l’IA, parfois au détriment de l’apprentissage des bases. Si vous ne comprenez pas ce que le code fait, comment repérer qu’il fait mal ?
Troisième point : le droit d’auteur. Copilot a été entraîné sur du code open source hébergé sur GitHub. Certains développeurs ont attaqué Microsoft en justice, arguant que leur code était reproduit sans autorisation ni crédit. Le procès est toujours en cours.
Et demain, les devs disparaissent ?
C’est LA question. Et la réponse courte : non. Pas demain.
Ce qui change, c’est le métier. Le développeur de 2026 passe moins de temps à taper du code et plus de temps à architecturer, relire, tester, décider. C’est un chef de projet qui parle aux machines plutôt qu’aux humains. Certains appellent ça un « prompt engineer ». D’autres trouvent le terme ridicule.
Les tâches répétitives, elles, sont déjà en train de disparaître. Écrire des tests unitaires, convertir du code d’un langage à un autre, documenter une fonction : l’IA fait ça en quelques secondes, mieux que la plupart des juniors.
Reste une vraie question : que vaut un développeur qui n’a jamais appris à coder sans assistance ? Spotify a peut-être trouvé son rythme de croisière. Mais si l’IA plante un jour, qui reprend la barre ?