Onze ingénieurs et deux cofondateurs en moins d’une semaine. Chez xAI, la startup IA d’Elon Musk, les départs s’enchaînent à un rythme que personne n’avait vu venir. Et le timing n’est pas anodin : tout a démarré juste après l’annonce de la fusion entre xAI et SpaceX, un deal valorisé à 1 250 milliards de dollars.
« La sécurité, c’est un département fantôme »
Deux anciens employés ont parlé à The Verge sous couvert d’anonymat. Le premier lâche une phrase qui résume la situation : « La sécurité est un département mort chez xAI. » Le second enfonce le clou en expliquant que Musk « cherche activement à rendre Grok plus déjanté, parce que pour lui, sécurité égale censure ».
On comprend mieux le malaise quand on se rappelle le scandale de janvier. Grok avait été utilisé pour générer plus d’un million d’images à caractère sexuel, dont des deepfakes de femmes réelles et de mineurs. Le New York Times avait révélé l’affaire, provoquant un tollé mondial. Mais du côté de la direction ? Pas grand-chose n’a bougé.
Des talents qui filent monter leur boîte
La moitié des douze cofondateurs originaux de xAI a quitté le navire. Tony Wu et Jimmy Ba, partis mardi et mercredi derniers, font partie des plus gros noms. Ba a écrit sur X qu’il était « temps de recalibrer son gradient sur la vision d’ensemble ». Du jargon de chercheur en IA, mais le message est clair.
Plusieurs ex-employés ne se contentent pas de partir : ils lancent leurs propres projets. Un ancien ingénieur a annoncé la création de Nuraline, une startup d’infrastructure IA. Un autre a écrit que « tous les labos IA construisent exactement la même chose, et c’est ennuyeux ». Difficile de ne pas y voir une critique directe de la stratégie xAI.
À lire aussi
Grok coincé dans la course de rattrapage
Au-delà des problèmes de sécurité, c’est la direction technique qui pose question. Un ancien employé confie que l’entreprise est « coincée dans une phase de rattrapage » face à OpenAI, Anthropic ou Google. « On itérait vite, mais on n’a jamais réussi à faire un bond qualitatif par rapport à ce que les concurrents avaient déjà sorti. »
Musk, lui, voit les choses autrement. Sur X, il a expliqué que certains départs faisaient partie d’une « réorganisation nécessaire ». En interne, selon le New York Times, il aurait évoqué des projets d’usine IA sur la Lune et de centres de données spatiaux. Ambitieux. Peut-être trop pour des ingénieurs qui voulaient juste faire avancer la recherche.
Le vrai risque pour Musk
La question qui se pose maintenant : est-ce que xAI peut tenir sans ses cerveaux ? Les actions SpaceX distribuées aux employés (250 milliards de dollars en nouvelles parts) donnent aux partants un joli pécule pour se lancer seuls. Et dans le milieu de l’IA, le burnout des talents est devenu un vrai sujet.
Musk a bâti SpaceX et Tesla sur sa capacité à attirer les meilleurs. Si les chercheurs IA commencent à le fuir, le chatbot Grok risque de rester ce qu’il est : un concurrent bruyant, mais toujours derrière.