1,2 milliard de dollars. C’est la somme colossale que Blackstone, mastodonte américain du capital-investissement, s’apprête à injecter dans Neysa, une startup indienne spécialisée dans l’infrastructure GPU pour l’intelligence artificielle. Un pari massif sur un pays qui, aujourd’hui, ne compte même pas 60 000 puces graphiques en activité.
Un retard à combler, vite
Le deal se décompose en deux blocs : 600 millions de dollars en capital (ce qui donne à Blackstone une participation majoritaire) et 600 millions supplémentaires en dette. Pour une boîte qui n’avait levé que 50 millions jusqu’ici, le saut est vertigineux. Teachers’ Venture Growth, TVS Capital, 360 ONE Asset et Nexus Venture Partners complètent le tour de table.
Pourquoi un tel montant ? Parce que l’Inde part de très loin. Ganesh Mani, directeur chez Blackstone Private Equity, estime que le parc indien devra passer de 60 000 à plus de deux millions de GPU dans les prochaines années. Soit une multiplication par trente. « On voit une demande qui va plus que tripler notre capacité l’an prochain », confirme Sharad Sanghi, cofondateur et PDG de Neysa.
Le créneau des « néo-clouds »
Neysa se positionne sur un segment en pleine expansion : celui des fournisseurs d’infrastructure GPU dédiée, parfois appelés « néo-clouds ». Contrairement aux géants du cloud comme AWS ou Azure, ces acteurs proposent des clusters de GPU sur mesure, avec un déploiement plus rapide et un accompagnement technique poussé. « Beaucoup de clients veulent un support 24 heures sur 24 avec un temps de réponse de 15 minutes. C’est ce qu’on offre et que certains hyperscalers ne font pas », explique Sanghi.
La startup basée à Mumbai opère actuellement 1 200 GPU et vise les 20 000 à moyen terme. Ses clients : des entreprises du secteur financier et de la santé soumises à des obligations de souveraineté des données, des agences gouvernementales, et des développeurs IA qui construisent des modèles localement. On est loin du cloud généraliste, et c’est justement le point. Le hardware IA est devenu le nerf de la guerre, et l’Inde veut sa part du gâteau.
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Ce financement s’inscrit dans un mouvement plus large. L’Inde a récemment annoncé une exonération fiscale totale jusqu’en 2047 pour attirer les charges de travail IA sur son sol. Sam Altman lui-même a révélé que 100 millions d’Indiens utilisent ChatGPT chaque semaine, ce qui pousse les grands labos à rapprocher leurs capacités de calcul des utilisateurs.
Pour Blackstone, l’opération complète un portefeuille déjà bien garni en infrastructures numériques : QTS et AirTrunk dans les data centers classiques, CoreWeave aux États-Unis et Firmus en Australie dans l’IA. Le géant new-yorkais met les bouchées doubles sur le calcul spécialisé.
Fondée en 2023, Neysa emploie 110 personnes réparties entre Mumbai, Bengaluru et Chennai. Pas encore la taille d’un géant. Mais avec 1,2 milliard de dollars en poche et un marché indien qui explose, la question n’est plus de savoir si l’Inde comptera dans la course à l’IA. C’est plutôt : à quelle vitesse ?