Depuis juin 2025 et le lancement de la Switch 2, un reproche revient en boucle dans les forums de joueurs : l’autonomie. Deux à trois heures de jeu intensif et la console s’éteint. Pire, quand la batterie finit par vieillir, pas d’autre choix que d’envoyer l’appareil en réparation ou de repasser à la caisse. L’Europe vient de changer la donne.
Selon les informations du quotidien financier japonais Nikkei, reprises par Eurogamer et CoverGeek, Nintendo prépare un nouveau modèle de Switch 2 destiné au marché européen. Sa particularité : une batterie amovible, que le joueur pourra retirer et remplacer lui-même, aussi bien sur la console que sur les manettes Joy-Con 2.
Un règlement européen qui ne laisse pas le choix
La décision de Nintendo n’a rien d’un geste commercial. Elle répond au règlement européen sur les batteries, entré en vigueur le 17 août 2023. Ce texte impose qu’à compter de 2027, toutes les batteries portables intégrées dans des appareils grand public puissent être remplacées par l’utilisateur, sans outil spécialisé ni passage obligé par le fabricant.
Le texte s’inscrit dans un arsenal législatif plus large. En avril 2024, le Parlement européen a adopté la directive sur le droit à la réparation avec un score écrasant : 584 voix pour, 3 contre, 14 abstentions. Cette directive oblige les fabricants à fournir des pièces détachées à prix raisonnable et interdit les verrous logiciels ou matériels qui empêchent la réparation. Concrètement, si un réparateur indépendant peut changer la batterie de votre Switch, Nintendo n’a pas le droit de l’en empêcher.
Les chiffres avancés par la Commission européenne donnent la mesure du problème : chaque année, la mise au rebut prématurée de produits de consommation génère 261 millions de tonnes d’émissions de CO2 dans l’Union, engloutit 30 millions de tonnes de ressources et coûte environ 12 milliards d’euros aux consommateurs qui remplacent au lieu de réparer.
La DualSense a ouvert la voie
Nintendo n’est pas le premier acteur du jeu vidéo à s’adapter. Sony a déjà modifié ses manettes DualSense pour la PlayStation 5 afin de proposer des batteries remplaçables par l’utilisateur dans les régions soumises au règlement européen. La transition s’est faite sans bouleverser le design ni le prix de vente, preuve que l’exercice est techniquement faisable sans sacrifier l’expérience de jeu.
Le précédent Sony illustre un phénomène que les juristes appellent « l’effet Bruxelles » : quand l’Union européenne fixe une norme, les multinationales finissent souvent par l’appliquer partout, parce que produire deux versions différentes coûte plus cher que d’en faire une seule conforme au standard le plus exigeant. C’est exactement ce qui s’est passé avec le port USB-C, imposé par l’UE et adopté même par Apple pour l’iPhone 15.
Le Japon et les États-Unis en embuscade
Pour l’instant, le nouveau modèle de Switch 2 ne concernerait que le marché européen. Nikkei précise que Nintendo pourrait étendre la modification au Japon et aux États-Unis si les lois sur la protection des consommateurs évoluent dans ces pays. Le conditionnel est de mise, mais la direction semble tracée.
Aux États-Unis, le mouvement « Right to Repair » gagne du terrain. Plusieurs États, dont New York, le Minnesota et la Californie, ont déjà adopté des lois locales sur le droit à la réparation. Au niveau fédéral, la Commission fédérale du commerce (FTC) a multiplié les prises de position en faveur de la réparabilité depuis 2021. Si le cadre législatif américain reste fragmenté, la tendance pointe dans la même direction que l’Europe.
Au Japon, la sensibilité est différente. Le pays mise davantage sur la durabilité des produits à la conception que sur leur réparabilité après achat. Mais le gouvernement japonais a lancé en 2024 un groupe de travail sur l’économie circulaire qui pourrait aboutir à des mesures similaires d’ici la fin de la décennie.
Ce qui reste flou pour les joueurs européens
Plusieurs questions restent en suspens. D’abord, le calendrier. Nikkei ne précise pas quand ce modèle révisé arrivera dans les rayons européens. Le règlement impose la conformité d’ici 2027, ce qui laisse théoriquement à Nintendo jusqu’à cette date pour commercialiser la version modifiée.
Ensuite, le sort des millions de Switch 2 déjà vendues en Europe depuis juin 2025. Le règlement ne s’applique pas rétroactivement aux appareils déjà sur le marché, mais la question de programmes de retrofit ou d’échange pourrait se poser, surtout si la batterie remplaçable devient un argument de vente pour le nouveau modèle.
Enfin, l’impact sur la garantie. La directive européenne sur le droit à la réparation prévoit qu’un appareil réparé sous garantie bénéficie d’une extension d’un an. Reste à savoir comment Nintendo articulera cette obligation avec ses propres conditions de garantie, souvent restrictives sur les interventions effectuées par des tiers.
La demande mondiale de batteries explose
Le contexte dépasse largement le jeu vidéo. La Commission européenne estime que la demande mondiale de batteries va être multipliée par 14 d’ici 2030, portée par les véhicules électriques, le stockage d’énergie et l’électronique grand public. L’UE devrait représenter 17 % de cette demande. Rendre les batteries remplaçables, c’est aussi réduire la pression sur les chaînes d’approvisionnement en lithium, cobalt et nickel, des métaux dont l’extraction pose des problèmes environnementaux et éthiques majeurs.
Pour les joueurs, la promesse est plus terre à terre : une console qui vieillit mieux. Au lieu de voir l’autonomie fondre après deux ou trois ans d’utilisation intensive, il suffira de commander une batterie neuve et de la clipser soi-même. Un geste simple qui pourrait allonger la durée de vie de la console de plusieurs années, et freiner un cycle de remplacement que les fabricants ont tout intérêt à raccourcir.
Nintendo n’a pas commenté les informations de Nikkei. La prochaine étape concrète sera l’annonce officielle du modèle révisé, attendue avant la date butoir de 2027 fixée par le règlement européen sur les batteries.