50 millions de livres sterling, soit près de 70 millions de dollars. C’est le budget que Merlin Entertainment, le géant britannique des parcs de loisirs, injecte pour construire Minecraft World, un espace entièrement dédié au jeu vidéo le plus vendu de l’histoire. Annoncé ce samedi lors du Minecraft Live, le projet doit ouvrir en 2027 à Chessington World of Adventures, dans le sud-ouest de Londres.

Le parc promet des montagnes russes inédites, des restaurants et boutiques aux couleurs du jeu, et des espaces interactifs inspirés des biomes les plus connus de Minecraft. Ce sera le premier espace thématique de cette ampleur consacré au jeu en Europe, et le signe le plus concret d’une tendance qui s’accélère : les franchises vidéoludiques veulent leur part du gâteau des parcs d’attractions.

Des blocs pixelisés aux montagnes russes

Le projet est le fruit d’un partenariat entre Mojang Studios, le studio suédois derrière Minecraft, et Merlin Entertainment, qui exploite entre autres les parcs Legoland, Madame Tussauds et le London Eye. Angela Jobson, vice-présidente de la stratégie de marque chez Merlin, décrit le parc comme une occasion de « jouer, explorer et créer ensemble à une échelle véritablement épique ».

Du côté de Mojang, Torfi Frans Ólafsson, directeur créatif du divertissement Minecraft, parle d’un « jalon important » dans l’expansion de l’univers du jeu. Les deux entreprises travaillent aussi avec des créateurs de contenu Minecraft pour garantir l’authenticité de l’expérience. Aucun nom n’a été révélé pour l’instant.

Concrètement, les visiteurs pourront monter dans les premières montagnes russes Minecraft au monde, traverser des reproductions physiques de biomes du jeu et participer à des activités de construction grandeur nature. Le parc sera intégré à Chessington World of Adventures, un complexe existant situé à 35 minutes de train de la gare de Waterloo, au cœur de Londres.

Le jeu vidéo conquiert le monde physique

Minecraft World n’arrive pas de nulle part. Depuis cinq ans, les plus grosses franchises du jeu vidéo se transforment en destinations touristiques. Super Nintendo World a ouvert dans trois pays différents : au Japon en 2021, à Hollywood en 2023, puis à Orlando en mai 2025 dans le cadre du parc Universal Epic Universe. PokéPark Kanto a suivi au Japon. Et les chiffres donnent raison à cette stratégie : selon Universal, le parc Nintendo japonais a contribué à un record de fréquentation de 16 millions de visiteurs annuels pour le complexe d’Osaka, rapporte Kotaku.

La logique est simple. Ces franchises ont des communautés mondiales de dizaines, voire de centaines de millions de joueurs. Minecraft, c’est plus de 300 millions d’exemplaires vendus, ce qui en fait le jeu le plus distribué de l’histoire devant GTA V et Tetris. Son public est large : des enfants de 8 ans aux trentenaires nostalgiques qui ont grandi avec. Un parc d’attractions transforme cette communauté virtuelle en clientèle physique, avec des billets d’entrée, de la restauration et du merchandising.

Microsoft joue les prolongations

Derrière Mojang Studios, c’est Microsoft qui tire les ficelles. Le géant de Redmond a racheté le studio en 2014 pour 2,5 milliards de dollars, un montant jugé extravagant à l’époque. Depuis, la franchise Minecraft s’est étendue bien au-delà du jeu original : Minecraft Dungeons, Minecraft Legends, une série animée, et un long-métrage sorti en salles en 2025. Le parc d’attractions est la pièce suivante du puzzle.

La stratégie rappelle celle de Nintendo avec Universal. Face au déclin de ses ventes de consoles dans les années 2010, Nintendo avait diversifié ses revenus en misant sur les parcs à thème, les films (le succès du film Super Mario Bros. en 2023) et les produits dérivés. Microsoft applique la même recette avec Minecraft, dont le potentiel commercial est encore largement sous-exploité selon les analystes du secteur.

70 millions, le ticket d’entrée dans la cour des grands

Le budget de 50 millions de livres place Minecraft World dans la catégorie des projets ambitieux, sans atteindre les sommets de Super Nintendo World. Universal avait investi plus de 500 millions de dollars pour son extension Nintendo à Osaka, et le parc Epic Universe à Orlando a coûté environ 7 milliards de dollars au total, toutes zones confondues. À 70 millions de dollars, Minecraft World joue dans une ligue différente, celle d’un espace thématique adossé à un parc existant plutôt que d’un complexe autonome.

Le choix de Chessington World of Adventures n’est pas anodin. Le parc, propriété de Merlin, attire déjà des millions de visiteurs chaque année et dispose de l’infrastructure nécessaire : accès routier, parking, restauration, billetterie. Greffer Minecraft World à un parc en activité réduit le risque financier tout en profitant d’un flux de visiteurs déjà établi.

Le Royaume-Uni, premier marché test européen

Minecraft World sera le premier parc à thème vidéoludique d’envergure à ouvrir au Royaume-Uni. Le Japon et les États-Unis concentrent pour l’instant l’essentiel de ces projets. Pour l’Europe, c’est une première, et le choix de Londres comme point d’ancrage n’a rien de surprenant : la ville est l’une des destinations touristiques les plus fréquentées au monde, avec plus de 20 millions de visiteurs internationaux chaque année avant la pandémie.

Le calendrier est aussi calculé. L’ouverture en 2027 coïnciderait avec la fenêtre de sortie évoquée pour un second film Minecraft, ce qui créerait un effet de synergie marketing entre les salles de cinéma et le parc physique. Merlin et Mojang n’ont pas confirmé ce lien, mais le timing serait difficile à ignorer.

Côté concurrence, Merlin Entertainment n’est pas seul sur le créneau. Epic Games, éditeur de Fortnite, a évoqué à plusieurs reprises son intérêt pour des expériences physiques liées à ses jeux. Roblox, de son côté, organise déjà des événements pop-up dans plusieurs villes. Le marché des parcs à thème vidéoludiques, quasi inexistant il y a dix ans, commence à se structurer. L’ouverture de Minecraft World en 2027 marquera un test grandeur nature pour savoir si ce modèle peut fonctionner de ce côté de l’Atlantique.