2 milliards de personnes ouvrent Google Maps chaque mois. Depuis ce jeudi, elles y trouvent un chatbot. Google vient de lancer « Ask Maps », une interface conversationnelle alimentée par son modèle Gemini, directement intégrée dans l’application de navigation. En parallèle, le guidage GPS bascule en 3D avec un mode « Immersive Navigation » que la firme qualifie de plus grosse refonte en une décennie. Ce qui ressemblait à une simple application de cartographie se mue en assistant personnel de déplacement.

Un chatbot qui fouille 300 millions de lieux à votre place

Concrètement, « Ask Maps » permet de poser des questions en langage courant. Plus besoin de taper des mots-clés chirurgicaux dans la barre de recherche : on peut désormais écrire « Mon téléphone est presque mort, où le recharger sans poireauter dans une file ? » ou « Y a-t-il un terrain de tennis éclairé libre ce soir ? ». L’IA de Google croise alors les données de 300 millions d’emplacements répertoriés et les avis laissés par plus de 500 millions de contributeurs, selon The Decoder.

Le résultat dépasse la simple recherche de lieu. Ask Maps peut organiser un road trip entier sur commande. Dans un exemple présenté à la presse et rapporté par TechCrunch, un utilisateur demande des arrêts recommandés entre le Grand Canyon et les Coral Pink Sand Dunes. L’IA propose un itinéraire sur trois jours, ponctué de points de vue, d’étapes et de temps de trajet, en puisant dans les conseils laissés par d’autres voyageurs. « Louez une planche à sable au centre des visiteurs et prenez de la cire, c’est la clé pour la vitesse », suggère le chatbot à propos des dunes.

L’outil va plus loin : il peut réserver une table dans un restaurant repéré, sauvegarder un lieu ou partager un itinéraire complet. « Moins de scroll, plus de promenade », résume Andrew Duchi, chef produit chez Google Maps, dans un briefing relayé par The Verge. Pour l’utilisateur, le changement est radical : au lieu de jongler entre recherche, avis, réservation et navigation, tout se fait dans une seule conversation.

La navigation GPS bascule en 3D après dix ans de carte plate

L’autre pilier de cette mise à jour touche le guidage lui-même. Le mode « Immersive Navigation » remplace la vue à plat par un environnement tridimensionnel. Immeubles, ponts, reliefs, végétation : l’écran reproduit ce que le conducteur voit réellement à travers son pare-brise, à partir des images Street View et des photos aériennes amassées par Google depuis vingt ans.

Les modèles Gemini analysent ces visuels pour décider quels éléments afficher au bon moment. À l’approche d’une intersection complexe, le système zoome automatiquement et met en surbrillance les voies de circulation, les passages piétons, les feux et les panneaux stop. Les bâtiments deviennent semi-transparents pour laisser voir la route derrière, détaille Engadget. Pour les changements de voie délicats ou les sorties d’autoroute mal signalées, le gain de lisibilité est immédiat.

Le guidage vocal gagne en naturel. Au lieu d’annoncer « Prenez la sortie 12B dans 800 mètres », Maps préfère « Passez cette sortie et prenez la suivante pour l’Illinois 43 Sud ». Pour quiconque conduit dans un pays étranger avec des noms de routes inconnus, la nuance est considérable.

Quand l’application propose un itinéraire alternatif, elle justifie le compromis : trajet plus long mais circulation fluide, ou plus rapide mais avec péage. Ces informations combinent les signalements des communautés Google Maps et Waze. À l’arrivée, une vue Street View du bâtiment s’affiche avec des suggestions de stationnement et des indications piétonnes jusqu’à la porte d’entrée.

Miriam Daniel, vice-présidente de Google Maps, résume l’ambition dans un briefing rapporté par TechCrunch : « Notre équipe a repensé l’expérience de conduite pour éliminer les approximations. »

Vos recherches passées nourrissent chaque recommandation

C’est là que le sujet se corse. Ask Maps ne répond pas dans le vide : l’IA personnalise ses résultats en fonction des lieux recherchés, sauvegardés ou mis en favoris par l’utilisateur. Si vous avez régulièrement cherché des restaurants végétariens, le chatbot orientera ses suggestions en ce sens sans que vous ayez besoin de le préciser.

Miriam Daniel a toutefois précisé à The Verge que les données utilisées restent cantonnées à Google Maps. L’IA ne pioche pas dans Gmail, Google Drive ou d’autres applications de l’écosystème. Les résultats se basent sur les recherches effectuées dans Maps et dans le moteur Google Search, uniquement lorsqu’elles concernent des lieux enregistrés.

Point sensible : d’après Wired, il est impossible de masquer ou de désactiver Ask Maps. Le bouton apparaît comme premier onglet sous la barre de recherche, sans option de retrait. Un détail qui rappelle les ajouts successifs de Gemini dans Gmail, Chrome et la suite Workspace ces dernières semaines, où le chatbot s’est imposé sans demander la permission.

Interrogé par The Verge sur la possibilité que des commerces payent pour figurer en tête des recommandations générées par l’IA, Andrew Duchi a esquivé. Il a confirmé que les placements payants n’influencent pas les résultats actuels, mais a refusé de se prononcer sur les plans de monétisation futurs. Pour un service qui touche 2 milliards de personnes, la question n’est pas anodine : Google tire déjà une part significative de ses revenus publicitaires de Maps via les fiches commerciales sponsorisées.

Apple avait ouvert la voie, Google impose le rythme

La navigation en 3D n’est pas une première. Apple avait lancé sa propre vue tridimensionnelle dans Plans il y a plusieurs années, couvrant progressivement les grandes métropoles américaines, comme le rappelle Wired. Mais la couverture géographique de Google Maps reste incomparablement plus large, avec des données Street View dans plus de 100 pays. Le passage à la 3D sur cette base a un potentiel d’impact autrement supérieur.

Le déploiement commence aux États-Unis cette semaine. Immersive Navigation arrivera dans les prochains mois sur iOS, Android, CarPlay, Android Auto et les véhicules équipés de Google intégré. Ask Maps est déjà accessible aux États-Unis et en Inde, avec une version desktop annoncée. Aucune date n’a été communiquée pour l’Europe.

Cette double annonce s’inscrit dans une stratégie méthodique : depuis le début de l’année, Google injecte Gemini dans chacun de ses produits phares, de Gmail à Chrome en passant par Docs et Sheets. La conférence annuelle des développeurs, Google I/O, est programmée fin mai, et de nouvelles intégrations y sont attendues. Pour les 2 milliards d’utilisateurs de Maps, la question n’est plus de savoir si l’IA va changer leur expérience, mais si elle leur laissera le choix.