100 millions de dollars de revenus supplémentaires en un seul mois. Avec 146 salariés. Lovable, startup suédoise fondée fin 2024, vient de franchir la barre des 400 millions de dollars de revenus annuels récurrents (ARR), un indicateur qui mesure les revenus prévisibles générés par les abonnements sur un an. Le tout sans qu’aucun de ses utilisateurs n’ait besoin de savoir programmer.

Le « vibe coding » transforme n’importe qui en créateur d’apps

Le principe est simple : vous décrivez ce que vous voulez, et l’IA construit l’application. Pas de syntaxe à maîtriser, pas de framework à comprendre. Cette pratique, baptisée « vibe coding », a explosé depuis 2025, portée par la démocratisation des grands modèles de langage. Lovable, fondée par Anton Osika et Fabian Hedin à Stockholm, s’est positionnée sur le créneau le plus accessible : permettre à des non-techniciens de produire de vrais logiciels fonctionnels en quelques minutes.

Les chiffres donnent le vertige. En juillet 2025, la startup affichait 100 millions de dollars d’ARR, huit mois seulement après son lancement. En novembre, elle doublait à 200 millions. En janvier 2026, elle passait à 300 millions. Février : 400 millions, selon les confirmations faites par l’entreprise à TechCrunch et Business Insider. La courbe ne ralentit pas, elle accélère.

2,77 millions de dollars par salarié, quatre ans avant les prévisions

Le ratio qui interpelle le plus n’est pas le chiffre d’affaires brut. C’est la productivité par tête. Avec 400 millions d’ARR pour 146 employés, Lovable génère 2,77 millions de dollars de revenus annuels par personne. Le cabinet Gartner anticipait qu’une nouvelle vague de licornes atteindrait 2 millions par employé d’ici 2030. Lovable a dépassé ce seuil avec quatre ans d’avance.

À titre de comparaison, Cursor, son principal rival dans l’outillage de code assisté par IA, a atteint 1 milliard de dollars de revenus annualisés fin 2025, mais avec une valorisation de près de 30 milliards et des effectifs bien plus étoffés. Lovable, valorisée à 6,6 milliards lors de sa dernière levée de fonds en décembre (menée par CapitalG, le fonds de Google, et Menlo Ventures), joue dans une catégorie différente : celle des entreprises ultra-légères qui défient les modèles traditionnels de croissance.

15 millions d’utilisateurs quotidiens, et les entreprises s’y mettent

Lovable revendique désormais plus de 15 millions d’utilisateurs actifs par jour et 200 000 nouveaux projets créés quotidiennement, selon Ryan Meadows, directeur commercial de l’entreprise, interrogé par Business Insider. La majorité reste composée de fondateurs non-techniques et d’entrepreneurs, mais la croissance la plus rapide vient désormais du segment entreprise, lancé en août 2025.

Plus de la moitié des entreprises du Fortune 500 utiliseraient la plateforme, affirmait le PDG Anton Osika lors du Web Summit en novembre dernier, selon TechCrunch. Parmi les clients revendiqués : Klarna et HubSpot. Pour séduire ces grands comptes et les empêcher de se limiter au prototypage, Lovable a ajouté des fonctionnalités de sécurité et de gouvernance spécialement conçues pour l’usage professionnel.

Claude Code et Cursor ne jouent pas le même match

L’arrivée de Claude Code, l’outil de programmation d’Anthropic, et l’essor de Cursor auraient pu freiner Lovable. C’est l’inverse qui s’est produit. Selon Meadows, la plupart des clients utilisent les deux : Claude Code pour les équipes de développeurs professionnels, Lovable pour tous les autres. « C’est une marée montante », a-t-il résumé auprès de Business Insider. L’idée selon laquelle ces outils se cannibalisent ne tient pas, car ils ciblent des populations différentes.

Lovable est d’ailleurs construit au-dessus de Claude, le modèle d’Anthropic. Quand la firme californienne a lancé sa marketplace cette semaine, Lovable figurait en bonne place, ce qui confirme que la relation est complémentaire et non concurrentielle. « Ils sont très investis dans le partenariat, et nous allons continuer d’y mettre des moyens », a précisé Meadows.

Une campagne pub pour sortir du cercle tech

La startup ne se contente pas d’empiler les statistiques. Cette semaine, elle a lancé sa première campagne de marque, baptisée « Earworm », diffusée sur YouTube, les réseaux sociaux et la télévision connectée. Le film, réalisé par Thuan Tran et produit avec les agences Strange Family et Even/Odd, suit une femme incapable de se débarrasser d’une chanson composée par le groupe suédois Boko Yout, rapporte The Drum. La résolution arrive quand elle ouvre Lovable et transforme l’idée en application fonctionnelle.

Le détail qui compte : l’application du groupe visible dans le spot n’est pas un accessoire. L’équipe créative l’a réellement construite avec Lovable. « Le but de cette campagne est d’inspirer la prochaine génération de créateurs, des personnes non techniques avec de bonnes idées qui méritent de prendre vie », a déclaré un porte-parole à TechCrunch.

500 000 projets en un jour, lors d’une journée gratuite

Le 8 mars, pour la Journée internationale des droits des femmes, Lovable a rendu toute sa plateforme gratuite pendant 24 heures dans le cadre de son initiative « SheBuilds ». Résultat : plus de 500 000 projets créés ou mis à jour en une seule journée, contre environ 200 000 en temps normal. Un pic qui illustre la demande latente chez des utilisateurs qui hésitent encore à payer l’abonnement.

L’entreprise prévoit de passer de 146 à environ 350 employés d’ici la fin de l’année, avec un recrutement concentré sur les postes produit et ingénierie. L’équipe technique restera basée à Stockholm, dans un nouveau bureau capable d’accueillir 300 personnes, tandis qu’un premier bureau américain ouvrira à Boston pour les équipes commerciales. « On ne recrute pas assez vite », a reconnu Meadows.

Même avec ces 70 postes ouverts et l’objectif de 350 personnes, le ratio revenus par employé de Lovable restera probablement au-dessus des normes du secteur. La question n’est plus de savoir si le « vibe coding » fonctionne. C’est de savoir quand Anthropic ou OpenAI décideront de construire un concurrent frontal. Pour l’instant, les deux labos fournissent la technologie sans attaquer le marché de l’interface grand public, et Lovable profite de chaque mois d’avance.