599 dollars pour un MacBook en aluminium. C’est le tarif de lancement du MacBook Neo, le portable le plus abordable qu’Apple ait jamais produit. Disponible depuis ce mercredi 11 mars, il embarque la puce A18 Pro, la même que celle de l’iPhone 16 Pro, et promet 16 heures d’autonomie sur une seule charge.
La puce du téléphone qui fait tourner un Mac
C’est une première : Apple place une puce de gamme A, historiquement réservée aux iPhone, dans un ordinateur portable. Le A18 Pro intègre un processeur 6 cœurs, un GPU 5 cœurs (un de moins que dans l’iPhone 16 Pro) et un Neural Engine 16 cœurs capable de faire tourner les fonctions Apple Intelligence directement sur l’appareil, sans passer par le cloud.
Selon Apple, le Neo surpasse de 50 % le PC le plus vendu équipé d’un Intel Core Ultra 5 dans les tâches courantes comme la navigation web ou la bureautique. Pour les charges IA sur l’appareil, l’écart grimpe à un facteur 3, d’après les benchmarks internes de la marque. Le tout sans ventilateur : la machine reste silencieuse en permanence.
Ce n’est pas totalement une surprise. En 2020, les kits de transition Apple Silicon contenaient déjà une puce d’iPad Pro (A12Z) logée dans un boîtier de Mac Mini. Six ans plus tard, le pari s’industrialise pour le grand public.
Un châssis premium au prix d’un Chromebook
Le MacBook Neo ne triche pas sur les matériaux. Boîtier en aluminium, quatre coloris (argenté, blush, indigo et un nouveau « citrus » entre jaune et vert), clavier assorti à la coque. Le journaliste Chance Miller, de 9to5Mac, rapporte qu’en comparaison directe avec un portable HP vendu au même prix, la différence de finition saute aux yeux : le HP craque et grince à chaque pression, le Neo reste parfaitement silencieux.
L’écran Liquid Retina de 13 pouces affiche une résolution de 2 408 x 1 506 pixels à 219 pixels par pouce, avec 500 nits de luminosité et la gestion d’un milliard de couleurs. Un bémol : l’espace colorimétrique reste en sRGB, pas en P3 comme sur les Air et les Pro. Pour la retouche photo professionnelle, le compromis se verra. Pour tout le reste, la dalle tient largement la route.
Le trackpad revient à un mécanisme de clic physique, abandonné depuis des années sur les modèles haut de gamme. John Gruber, fondateur du site Daring Fireball, confie qu’il oublie régulièrement qu’il utilise un trackpad différent : le clic fonctionne partout sur la surface et les gestes multi-touch répondent exactement comme sur un MacBook Air.
Ce qu’Apple a sacrifié pour descendre à 599 $
Pas de capteur de lumière ambiante. C’est la seule vraie frustration que Gruber signale après six jours d’utilisation intensive : il doit ajuster la luminosité à la main, un réflexe qu’il avait perdu depuis une décennie sur ses MacBook. Pas de True Tone non plus, ni de Center Stage pour la webcam.
L’encoche des MacBook récents a disparu, remplacée par une bordure noire classique autour de l’écran. Le témoin LED de la caméra, celui qui s’allume quand l’objectif capte, a été supprimé. Seule une icône dans la barre des menus signale l’activité de la webcam. Un compromis qui peut poser question côté vie privée : Apple elle-même affirme sur ses autres portables que cette LED matérielle est impossible à contourner par logiciel.
Le second port USB-C se limite au débit USB 2, une norme qui date de l’an 2000. Et la RAM plafonne à 8 Go. Sur le papier, c’est maigre. En pratique, Gruber rapporte qu’avec une douzaine d’applications ouvertes en même temps, la machine reste fluide. macOS Tahoe et l’architecture mémoire unifiée d’Apple semblent tirer le meilleur de ces 8 Go, tant qu’on ne tente pas d’ouvrir des centaines d’onglets Safari.
Les constructeurs Windows pris à contre-pied
Le vrai sujet n’est pas ce que le Neo sacrifie, c’est ce qu’il offre à ce tarif. Gruber résume la situation dans sa revue : aucun PC portable x86 entre 600 et 700 dollars ne rivalise avec le MacBook Neo sur un seul critère, que ce soient les performances, la qualité d’écran, le son ou la qualité de fabrication.
Dans cette gamme de prix, les alternatives Windows tournent sur des processeurs Intel ou AMD d’entrée de gamme, avec des écrans souvent ternes, des châssis en plastique et une autonomie rarement supérieure à 8 heures. Le segment des Chromebooks, certes moins cher, joue dans une autre catégorie en termes de logiciels disponibles et de puissance brute.
Le MacBook Air M5, repositionné à 1 099 $ depuis le lancement du Neo, conserve des avantages nets : écran P3, True Tone, trackpad haptique Force Touch, deux ports USB rapides. Mais pour un étudiant, un premier ordinateur ou un usage quotidien (mails, web, streaming, retouche photo légère), le Neo remplit le contrat.
16 cœurs IA pour 599 dollars
Avec son Neural Engine 16 cœurs, le Neo exécute les fonctions Apple Intelligence localement : résumé de textes, nettoyage de photos, suggestions d’écriture, traduction en temps réel. Pour les utilisateurs d’outils tiers comme ChatGPT ou Bear, les opérations IA sur l’appareil restent fluides sans connexion internet.
C’est un avantage que les PC Windows à ce prix ne peuvent pas reproduire. Les NPU (unités de traitement neuronal) intégrés aux puces Intel et Qualcomm d’entrée de gamme peinent encore à rivaliser avec le Neural Engine d’Apple en termes de performances par watt consommé.
Le terrain de bataille : les salles de classe
Apple le sait et ajuste son tir. Le modèle éducation descend à 499 $, un tarif qui cible directement les Chromebooks. Ces derniers dominent les écoles américaines et progressent en Europe, où ils représentent plus de 30 % des achats dans le secteur éducatif selon les estimations de Canalys. Avec un macOS complet, une compatibilité native avec les apps iPadOS via l’écosystème Apple Silicon et une qualité de fabrication supérieure, le Neo pourrait redistribuer les cartes dans ce segment.
Le MacBook Neo est disponible dans 30 pays depuis ce 11 mars. Les prix s’échelonnent de 599 $ (256 Go, sans Touch ID) à 799 $ (512 Go, Touch ID). Le prochain test pour Apple : convaincre les acheteurs européens, habitués à convertir ces tarifs en euros avec une marge rarement en leur faveur.