Fin mars, votre double numérique pourra prendre votre place en visioconférence. Zoom vient d’annoncer le déploiement de ses avatars photoréalistes, capables de reproduire vos expressions faciales, le mouvement de vos lèvres et votre regard pendant les appels. Le même jour, l’entreprise lance un système de détection de deepfakes dans ses propres réunions. Créer des clones et les traquer en même temps : le grand écart résume bien la période.

Un jumeau numérique qui vous remplace à l’écran

L’idée remonte à juin 2024, quand le PDG de Zoom Eric Yuan décrivait sa vision de « jumeaux numériques » capables d’assister aux réunions à la place de leurs propriétaires, comme le rapportait The Verge à l’époque. Dix-huit mois plus tard, le concept se concrétise. Les avatars, présentés une première fois lors du salon Zoomtopia en septembre 2025, seront accessibles à tous les utilisateurs avant la fin du mois, selon TechCrunch.

Le résultat affiché dans les démonstrations est troublant de réalisme. L’avatar reprend fidèlement les traits du visage, les micro-expressions et les mouvements oculaires de son propriétaire. Il fonctionne dans les appels en direct comme dans les messages vidéo asynchrones de la plateforme. L’objectif, d’après Zoom : permettre aux utilisateurs de garder une présence visuelle sans allumer leur caméra quand ils ne se sentent « pas prêts ». Une manière polie de dire que personne ne veut se montrer en pyjama à 8 heures du matin, mais que couper sa caméra n’est pas toujours bien vu par la hiérarchie.

Le paradoxe du clone et du détecteur

Le calendrier a de quoi faire sourire. Le jour même où Zoom dévoile ses avatars ultra-réalistes, l’entreprise annonce aussi une technologie de détection de deepfakes intégrée aux réunions. Ce système doit alerter les participants si une usurpation audio ou vidéo est repérée pendant un appel.

D’un côté, la société perfectionne des clones numériques pensés pour être indiscernables de leur modèle. De l’autre, elle construit les outils pour repérer exactement ce type de contenu synthétique. Zoom trace une ligne entre les deux cas : les avatars fonctionnent avec le consentement de l’utilisateur, tandis que le détecteur cible les usurpations non autorisées. La nuance est réelle, mais la coexistence des deux technologies illustre la tension permanente que l’IA impose aux plateformes numériques.

Ce dilemme dépasse le cadre de Zoom. L’Oversight Board de Meta a pointé mardi l’insuffisance des systèmes actuels de détection de contenus générés par IA, critiquant des méthodes « ni assez robustes ni assez complètes » face à la prolifération de deepfakes en période de conflit armé, comme le rapporte The Verge.

Une suite bureautique pour défier Google et Microsoft

Les avatars ne sont que la partie visible d’un virage plus large. Zoom a aussi dévoilé sa propre suite bureautique pilotée par intelligence artificielle, comprenant des applications de documents, présentations et tableurs. Une preview est annoncée pour le printemps.

Le fonctionnement repose sur un atout que ni Google ni Microsoft ne possèdent de la même manière : les transcriptions de réunions. À partir de ces retranscriptions et des données stockées dans les autres services Zoom, l’IA génère des brouillons de documents, des diaporamas ou des tableaux structurés. L’entreprise passe du statut d’outil de visioconférence à celui de plateforme de productivité complète.

La concurrence sur ce créneau ne manque pas. Canva a lancé son propre assistant IA l’an dernier. La startup Context a levé 11 millions de dollars pour bâtir une suite similaire, rappelle TechCrunch. Côté poids lourds, Google a choisi la même journée du 10 mars pour annoncer de nouvelles fonctionnalités Gemini dans Docs, Sheets, Slides et Drive, avec génération de documents à partir des emails et conversations des utilisateurs.

L’assistant IA de Zoom triple ses utilisateurs

Les chiffres d’adoption donnent du poids à cette stratégie. AI Companion, l’assistant intégré de Zoom, a vu ses utilisateurs actifs mensuels tripler au quatrième trimestre de l’exercice fiscal 2026 par rapport à la même période l’an dernier. Pour une entreprise que beaucoup réduisaient à un simple outil de visioconférence post-Covid, la progression est significative. La version 3.0 débarque sur l’application de bureau, après un lancement initial sur le web en septembre 2025. Workvivo, la plateforme de communication interne du groupe, hérite aussi d’un assistant IA capable de se connecter à Slack, Salesforce, ServiceNow ou Gmail pour répondre aux questions des employés à travers différentes bases de connaissances.

L’entreprise pousse aussi vers l’IA agentique. Les utilisateurs peuvent créer leurs propres agents virtuels via des instructions en langage naturel, puis les invoquer directement dans les conversations de chat pour déléguer des tâches. Un traducteur vocal en temps réel pour les réunions complète la panoplie, avec des API de reconnaissance vocale, d’analyse visuelle et de traitement du langage ouvertes aux développeurs.

La bataille des suites bureautiques dopées à l’IA s’annonce comme le prochain terrain de confrontation majeur entre les géants tech. Microsoft occupe déjà le terrain avec Copilot depuis plus d’un an, Google renforce Gemini dans Workspace, et Zoom mise sur son trésor de données conversationnelles. Les premiers retours utilisateurs sur la suite Zoom devraient tomber d’ici l’été.