90 000 pièces de tôle déplacées en dix mois. 1 250 heures de fonctionnement cumulées. Et plus de 30 000 BMW X3 sorties des lignes avec l’aide d’un ouvrier d’un genre nouveau. Ce bilan, c’est celui de Figure 02, le robot humanoïde déployé par BMW dans son usine de Spartanburg, en Caroline du Sud, tout au long de l’année 2025. Le constructeur bavarois veut reproduire ce scénario sur le Vieux Continent et vient d’annoncer le lancement d’un projet pilote à Leipzig, en Allemagne.
C’est une première pour l’automobile européenne. Et un signal que le marché des humanoïdes industriels, longtemps dominé par la recherche chinoise, commence à se structurer de l’autre côté du globe.
Leipzig, banc d’essai de l’IA physique
Le site choisi n’est pas anodin. L’usine de Leipzig produit des véhicules électriques et des modules de batteries, deux segments où les tâches répétitives et physiquement exigeantes sont légion. Le robot retenu pour ce pilote européen s’appelle AEON et provient d’Hexagon Robotics, une filiale du groupe suédois Hexagon basée à Zürich, selon le communiqué officiel du groupe BMW publié le 27 février 2026.
AEON se distingue des humanoïdes bipèdes comme Figure 02 ou Atlas de Boston Dynamics. Il se déplace sur roues, ce qui lui offre davantage de stabilité dans un environnement industriel encombré. Son torse humanoïde permet d’adapter différents types de préhenseurs, de scanners et d’outils selon la tâche. Hexagon Robotics l’a présenté pour la première fois en juin 2025 et les premiers tests en conditions réelles à Leipzig ont eu lieu dès décembre 2025.
Le calendrier prévoit un second déploiement test en avril 2026, avant le lancement du pilote officiel à l’été. Le robot sera mis à l’épreuve sur l’assemblage de batteries haute tension pour les modules d’énergie et sur la fabrication de composants pour les pièces d’extérieur, deux domaines où la précision et l’endurance sont déterminantes.
Spartanburg, le terrain d’essai qui a tout changé
Avant Leipzig, BMW a rôdé la formule aux États-Unis. L’usine de Spartanburg a accueilli Figure 02, le robot humanoïde développé par Figure AI, dans son atelier de carrosserie dès le début de 2025. Ce secteur, déjà fortement automatisé avec des robots de transport autonomes, servait de terrain idéal pour tester l’intégration d’un humanoïde dans une chaîne existante.
Le bilan chiffré donne une idée de l’intensité du test. Figure 02 travaillait dix heures par jour, cinq jours par semaine. Sa mission : retirer des pièces de tôle et les positionner avec une précision millimétrique pour le soudage, un poste physiquement éprouvant qui exige vitesse et constance. En 1 250 heures de fonctionnement, il a couvert environ 1,2 million de pas et manipulé plus de 90 000 composants.
Milan Nedeljković, membre du directoire de BMW en charge de la production, a souligné dans le communiqué officiel que « la digitalisation renforce la compétitivité de notre production, ici en Europe et dans le monde entier ». Michael Nikolaides, vice-président en charge du réseau de production, a ajouté que le pilote américain « prouve qu’un robot humanoïde peut fonctionner non seulement en conditions de laboratoire, mais aussi dans un environnement de production automobile existant ».
BMW et Figure AI explorent désormais de nouvelles missions pour le Figure 03, la génération suivante du robot.
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Un centre de compétences pour structurer l’effort
BMW ne se contente pas de multiplier les pilotes. Le constructeur a créé un « Centre de Compétence pour l’IA Physique en Production », une structure interne basée à Munich qui concentre l’expertise en robotique et en intelligence artificielle appliquée à la fabrication. L’objectif : évaluer les partenaires technologiques selon des critères de maturité définis, coordonner les tests en laboratoire puis en usine, et diffuser les enseignements dans tout le réseau de production.
Cette approche structurée contraste avec la course aux annonces observée dans le secteur. Selon WIRED, plus de 200 entreprises chinoises développent des systèmes humanoïdes, d’après les données de la CMRA, l’association professionnelle chinoise de la robotique. Goldman Sachs estime le marché mondial des robots humanoïdes à 38 milliards de dollars d’ici 2035, un chiffre multiplié par six par rapport aux projections de l’année précédente. La Chine a livré 87 % des 13 317 humanoïdes expédiés en 2025, selon l’IFR.
Face à cette domination, l’Europe avance méthodiquement. BMW mise sur l’intégration progressive plutôt que sur la production de masse de robots. Le constructeur n’achète pas un humanoïde sur étagère : il l’évalue en laboratoire, le teste dans des conditions réelles, puis l’intègre dans son écosystème informatique, la plateforme Smart Robotics.
La course s’accélère dans l’automobile
BMW n’est pas seul sur ce terrain. Toyota a récemment déployé sept robots humanoïdes dans son usine canadienne. Hyundai, maison-mère de Boston Dynamics, teste le robot Atlas piloté par Google Gemini dans ses propres usines, comme le rapporte WIRED. Même Apple et Meta exploreraient des projets de robots humanoïdes, selon les rumeurs relayées par Bloomberg et Ming-Chi Kuo.
Le point commun entre ces initiatives : les constructeurs automobiles ne cherchent pas à remplacer leurs employés, mais à leur retirer les tâches les plus pénibles. BMW insiste sur ce point dans son communiqué, parlant de « soulager les collaborateurs et améliorer les conditions de travail ». Les postes visés sont ceux où la répétition, la charge physique ou les risques de sécurité rendent le travail particulièrement ingrat.
La prochaine échéance pour BMW tombe en avril 2026 avec le second test d’AEON à Leipzig. Si les résultats confirment ceux de Spartanburg, le groupe prévoit d’accélérer le déploiement dans d’autres usines européennes. La conférence annuelle du groupe, programmée le 12 mars 2026, pourrait apporter des précisions sur le calendrier.