110 milliards de dollars en une seule opération. C’est le montant que vient de lever OpenAI, selon l’annonce faite vendredi 27 février par la société. La valorisation pré-argent atteint 730 milliards de dollars, soit plus que la capitalisation boursière de Toyota, de LVMH ou de Visa. C’est la plus grosse levée de fonds privée jamais réalisée dans l’histoire de la tech.

Amazon, Nvidia, SoftBank : le trio qui mise 110 milliards

Trois noms concentrent la totalité du tour de table. Amazon apporte 50 milliards de dollars, Nvidia 30 milliards, SoftBank 30 milliards. Ensemble, ils couvrent 100 % du montant annoncé vendredi. D’autres investisseurs financiers sont attendus dans les semaines qui viennent, le tour de table restant ouvert, précise l’annonce officielle d’OpenAI.

La participation d’Amazon est la plus complexe. Selon The Information, qui a rapporté les coulisses du deal avant l’annonce officielle, 35 des 50 milliards promis par le géant de Seattle seraient conditionnels : ils arriveront uniquement si OpenAI atteint l’AGI ou réalise son introduction en bourse d’ici la fin 2026. Les 15 milliards restants sont, eux, inconditionnels. OpenAI confirme que cette tranche supplémentaire arrivera « dans les mois qui viennent, lorsque certaines conditions seront remplies », sans entrer dans le détail.

Nvidia, de son côté, investit 30 milliards tout en sécurisant un accès prioritaire à ses propres puces. Le partenariat prévoit 3 gigawatts de capacité d’inférence dédiée et 2 gigawatts de calcul sur les futurs systèmes Vera Rubin. Pour Jensen Huang, PDG de Nvidia, l’opération est doublement rentable : il devient actionnaire d’OpenAI tout en lui garantissant une dépendance durable à son matériel. En janvier, il avait déclaré à TechCrunch : « Nous investirons beaucoup d’argent. Je crois en OpenAI. Le travail qu’ils font est incroyable. »

SoftBank, le conglomérat japonais de Masayoshi Son, revient dans le capital d’OpenAI après avoir déjà participé à la levée de 40 milliards de mars 2025. Pour le fonds Vision Fund, la mise de 30 milliards sur OpenAI prolonge une stratégie de pari massif sur l’IA générative engagée depuis 2023.

L’argent ira dans du béton et des câbles

Pas question d’utiliser ces milliards pour acheter des concurrents ou distribuer des dividendes. OpenAI est clair sur l’usage des fonds : construire l’infrastructure nécessaire pour répondre à une demande qui explose. « Le leadership sera défini par ceux qui peuvent faire évoluer leur infrastructure assez vite pour répondre à la demande », écrit la société dans son blog officiel « Scaling AI for everyone ».

Le partenariat avec Amazon va bien au-delà d’un simple chèque. OpenAI va développer un environnement d’exécution avancé sur la plateforme Bedrock d’AWS, ce qui signifie concrètement que les modèles d’OpenAI tourneront dans les serveurs d’Amazon. L’engagement total d’AWS vis-à-vis d’OpenAI atteint désormais 138 milliards de dollars en services de calcul, soit une augmentation de 100 milliards par rapport aux accords précédents. OpenAI s’est engagé à consommer au moins 2 gigawatts de puces Trainium d’AWS. « Nous avons des milliers de développeurs et d’entreprises qui souhaitent utiliser les modèles OpenAI sur AWS », a déclaré Andy Jassy, PDG d’Amazon, dans un communiqué.

Une fraction significative des 110 milliards arrivera probablement sous forme de crédits de calcul plutôt qu’en cash, une pratique déjà utilisée lors des tours précédents. OpenAI n’a pas communiqué la répartition exacte entre cash et services, ce qui complique toute estimation précise de la liquidité réellement obtenue.

En un an, la valorisation a plus que doublé

Pour saisir l’ampleur du chiffre, il faut le replacer dans le temps. En mars 2025, OpenAI avait levé 40 milliards de dollars à une valorisation de 300 milliards, ce qui constituait alors le record absolu de levée de fonds privée, rapportait CNBC à l’époque. Moins d’un an plus tard, la valorisation a plus que doublé pour atteindre 730 milliards, et le montant levé a été multiplié par 2,75.

À titre de comparaison, Anthropic, son concurrent direct, vient de lever 30 milliards de dollars à une valorisation de 380 milliards fin février 2026, selon VentureBeat. C’est une opération remarquable en soi, qui s’est retrouvée éclipsée deux semaines plus tard par l’annonce d’OpenAI.

Les chiffres d’usage justifient en partie ces valorisations. ChatGPT dépasse désormais 900 millions d’utilisateurs actifs par semaine, avec 50 millions d’abonnés payants côté grand public. Les entreprises représentent 9 millions d’abonnés payants supplémentaires. L’outil de développement Codex revendique 1,6 million d’utilisateurs hebdomadaires, un chiffre qui a triplé depuis janvier 2026. Ce ne sont pas les métriques d’une startup en phase d’amorçage : ce sont les chiffres d’un acteur mondial installé.

Bulle ou fondamentaux solides ? Les deux à la fois

La question revient à chaque levée colossale dans la tech : est-ce rationnel ? Les 730 milliards de valorisation d’OpenAI dépassent la capitalisation boursière de certains des groupes les plus puissants au monde. Ils représentent environ 14 fois les revenus annuels estimés de la société, qui seraient autour de 50 milliards de dollars en 2025, une projection non confirmée officiellement.

Les comparaisons avec le passé sont inconfortables. WeWork avait atteint 47 milliards de valorisation en 2019 avant de s’effondrer. Mais la situation diffère sur un point central : OpenAI génère de vraies transactions avec de vrais clients, pas seulement des promesses de revenus futurs. Les 50 millions d’abonnés représentent une base solide, et les contrats B2B avec des gouvernements, des startups et des grandes entreprises ajoutent une visibilité réelle sur les revenus.

Ce qui frappe davantage les observateurs, c’est la structure des investissements. Amazon et Nvidia ne se contentent pas d’acheter des parts : ils achètent aussi un fournisseur stratégique. Pour Amazon, que les modèles d’OpenAI tournent sur AWS est une victoire commerciale directe. Pour Nvidia, garantir des commandes colossales de puces en échange d’un ticket d’entrée au capital transforme le deal en accord commercial autant qu’en investissement financier. La frontière entre les deux devient floue, ce qui rend les valorisations d’autant plus difficiles à interpréter.

Ce que 730 milliards changent concrètement

Au-delà des chiffres, la levée modifie l’équilibre de pouvoir dans le secteur. OpenAI s’assure une avance en infrastructure que ses concurrents moins capitalisés auront du mal à combler rapidement. La société précise également que la valorisation porte la valeur des parts de la Fondation OpenAI à plus de 180 milliards de dollars, renforçant ce que l’organisation décrit comme « l’une des fondations à but non lucratif les mieux dotées de l’histoire », avec des fonds alloués à la santé et à la résilience de l’IA.

Le tour de table reste ouvert. D’autres investisseurs financiers sont attendus. La prochaine étape logique pour OpenAI reste une introduction en bourse, que certaines clauses contractuelles lient directement aux conditions de déblocage d’une partie des fonds d’Amazon. Si la société obtient sur les marchés publics une valorisation proche de celle affichée aujourd’hui, elle rejoindrait le club très fermé des entreprises valant plus de 1 000 milliards de dollars, un club qui compte aujourd’hui Apple, Nvidia, Microsoft, Alphabet et Amazon : soit précisément certains de ses plus grands investisseurs et partenaires.