Deux millions d abonnés payants. 300 millions de dollars de revenus annuels récurrents. Mikey Shulman, cofondateur et PDG de Suno, a partagé ces chiffres jeudi sur LinkedIn, confirmant la trajectoire fulgurante du générateur de musique par intelligence artificielle.
Il y a trois mois, Suno revendiquait 200 millions de dollars de chiffre d affaires annuel lors de sa levée de fonds de 250 millions à 2,45 milliards de valorisation, selon le Wall Street Journal. En un trimestre, les revenus ont grimpé de 50 %. Une croissance que peu de startups dans l IA peuvent afficher, même parmi les mieux financées.
De la poésie du Mississippi au contrat à 3 millions de dollars
Le principe de Suno tient en une phrase : vous décrivez en langage courant la chanson que vous avez en tête, l IA génère la musique, les paroles et le chant. Pas besoin de savoir jouer d un instrument ni d écrire une partition.
Telisha Jones, 31 ans, habitante du Mississippi, a testé la plateforme pour transformer ses poèmes en morceaux. L un d eux, un titre R&B intitulé « How Was I Supposed to Know », est devenu viral, rapporte TechCrunch. Résultat : un contrat de 3 millions de dollars avec le label Hallwood Media, selon Ebony.
L anecdote illustre le basculement que provoque Suno. Créer un morceau qui sonne suffisamment professionnel pour intégrer les classements Spotify et Billboard ne demande plus des années de formation ni un studio d enregistrement. Quelques phrases suffisent.
Warner lâche le tribunal pour signer un chèque
La trajectoire de Suno n a pas été un long fleuve tranquille. En 2024, Sony Music, Universal Music Group et Warner Music Group avaient porté plainte conjointement, accusant la startup d avoir entraîné ses modèles sur de la musique protégée par le droit d auteur, copiée depuis internet sans autorisation.
Mais la suite a pris un virage inattendu. En novembre 2025, Warner Music Group a abandonné les poursuites et signé un accord de licence avec Suno, a rapporté TechCrunch. Le label a même vendu Songkick, sa plateforme de concerts en ligne acquise en 2017, à la startup. Robert Kyncl, PDG de Warner Music, a qualifié le partenariat de « victoire pour la communauté créative qui profite à tout le monde ».
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Dans le cadre de cet accord, Suno s engage à lancer des modèles entraînés sur de la musique sous licence, qui remplaceront les modèles actuels. Les artistes Warner conserveront le contrôle total sur l utilisation de leur nom, leur voix et leurs compositions dans les créations générées par IA.
Universal et Sony seraient aussi en discussions pour des accords similaires, selon TechCrunch.
Les chiffres d une ascension express
En mai 2024, Suno levait 125 millions de dollars en Série B, valorisée à 500 millions. Six mois plus tard, la Série C atteignait 250 millions à 2,45 milliards, menée par Menlo Ventures avec Nvidia (via NVentures), Hallwood Media, Lightspeed et Matrix.
Le passage de 200 à 300 millions de revenus annuels en trois mois place Suno dans le peloton de tête des startups IA à plus forte croissance. À titre de comparaison, ChatGPT d OpenAI avait mis plus d un an pour passer de 200 millions à 2 milliards de dollars de revenus.
Côté utilisateurs, le cap des 2 millions d abonnés payants confirme que le modèle par abonnement fonctionne. Suno propose un accès gratuit limité (écoute et partage uniquement), un forfait à 8 dollars par mois, et une offre premium à 24 dollars. Le téléchargement des morceaux requiert un compte payant.
Billie Eilish contre les machines
Malgré les chiffres, le débat sur la musique générée par IA reste vif. Des artistes comme Billie Eilish, Chappell Roan et Katy Perry ont publiquement pris position contre l utilisation de l IA dans la création musicale. Leur argument : ces outils menacent le gagne-pain des musiciens professionnels et banalisent un art qui repose sur des années de travail.
En Allemagne, la GEMA, l organisme de gestion des droits musicaux, a remporté un procès contre OpenAI sur un sujet comparable, contestant la légalité de l entraînement sur des contenus protégés. Au Danemark, l organisme Koda poursuit également Suno.
Le secteur oscille entre deux réalités. D un côté, des labels qui signent des accords de licence, misant sur une cohabitation profitable. De l autre, des artistes et des organismes de droits qui voient dans ces outils une menace existentielle.
Un marché qui se structure à toute vitesse
Suno n est pas seul sur ce terrain. Google a lancé Lyria 3 via Gemini, capable de composer des morceaux en 30 secondes. Udio, concurrent direct de Suno, a aussi réglé ses litiges avec Warner Music pour signer un accord de licence en novembre 2025.
Le marché de la musique générée par IA se structure à vitesse grand V. Les accords de licence remplacent les procès, les valorisations grimpent, et les premiers artistes formés uniquement via ces outils commencent à signer des contrats. La prochaine étape se joue sur le front réglementaire : le Parlement européen doit examiner un amendement au AI Act visant spécifiquement les contenus créatifs générés par IA, dont la musique, au second semestre 2026.