Cinq virgule huit pour cent. C’est la part de l’Inde dans l’usage mondial de Claude, le modèle d’Anthropic. Deuxième pays au monde, juste derrière les États-Unis. Dario Amodei en a tiré les conclusions : la semaine dernière, à l’occasion de l’AI Impact Summit de New Delhi, Anthropic a inauguré son tout premier bureau indien, à Bengaluru.

La deuxième puissance mondiale de Claude

Le chiffre mérite qu’on s’y attarde. L’Anthropic Economic Index, publié en janvier 2026, analyse près d’un million de conversations Claude dans le monde durant novembre 2025. Résultat : l’Inde représente 5,8% du trafic global. Mais sur la base du revenu par habitant, le pays tombe au 101e rang sur 116. Autrement dit, ce n’est pas que les Indiens utilisent davantage l’IA que les autres, c’est simplement qu’ils sont 1,4 milliard. Le potentiel inexploité est colossal.

Et ce potentiel, il est très concentré. Quatre États, Maharashtra, Tamil Nadu, Karnataka et Delhi, génèrent à eux seuls plus de la moitié de l’usage dans le pays. Ce sont exactement les foyers de l’industrie tech indienne : Bangalore, Hyderabad, Chennai, Mumbai. Pas de surprise : l’Inde occupe la première place mondiale pour la proportion de tâches logicielles confiées à Claude (45,2%), devant le Vietnam et l’Égypte. Ici, on utilise l’IA pour coder, tester, déboguer, pas pour écrire des poèmes.

Infosys mise sur Claude pour survivre au choc

C’est dans ce contexte, et c’est là que ça devient intéressant, qu’Infosys a signé un partenariat stratégique avec Anthropic. L’un des plus grands groupes de services informatiques au monde va intégrer les modèles Claude dans sa plateforme maison Topaz, afin de construire des agents IA capables de gérer des processus d’entreprise complexes, dans la banque, les télécoms, l’industrie.

Infosys va aussi utiliser Claude Code en interne, pour accélérer l’écriture, les tests et le débogage de code chez ses propres équipes. Les revenus liés à l’IA représentaient déjà 275 millions de dollars au dernier trimestre, soit 5,5% du chiffre d’affaires total de l’entreprise, rapporte TechCrunch.

L’ironie de la situation n’a échappé à personne : ce sont les mêmes outils d’Anthropic qui ont fait plonger les actions des grandes SSII indiennes début février. Quand Anthropic a lancé une suite d’agents pour automatiser des tâches légales, commerciales, marketing, les investisseurs ont paniqué. Les cours de TCS, Infosys et HCL se sont effondrés. Résultat, Infosys signe avec l’ennemi. C’est du pragmatisme pur.

Dario Amodei a eu cette formule assez juste lors du sommet : “Il y a un gouffre entre un modèle IA qui fonctionne dans une démo et un qui tient dans un secteur régulé.” L’expertise d’Infosys en finance, télécoms et industrie est censée combler ce gouffre. HCLTech avait déjà signé un accord similaire avec OpenAI l’année passée, selon Reuters.

Un pied dans le deuxième marché du monde

Pour Anthropic, ouvrir un bureau à Bengaluru, c’est sécuriser physiquement le deuxième marché de son modèle. La ville concentre une part massive des développeurs indiens qui font déjà tourner Claude à plein régime. Et le timing est calculé : l’AI Impact Summit réunissait cette semaine Sam Altman, Sundar Pichai, Demis Hassabis et 250 000 visiteurs. Arriver sans bureau eût été une erreur de communication.

La vraie question, c’est la suite. Si l’usage per capita est encore faible, ça veut dire que l’Inde n’a pas encore réellement décollé sur l’IA grand public. 1,4 milliard de personnes dont une infime fraction utilise Claude aujourd’hui, c’est autant de croissance potentielle. Anthropic ne peut pas se permettre de rater ça.