220 millions d’euros. C’est la taille du deuxième fonds de Quantonation Ventures, clôturé en sursouscription cette semaine, soit plus du double de son premier millésime. Pas mal pour une technologie qui n’a pas encore prouvé son utilité industrielle à grande échelle.
Le fonds de capital-risque franco-américain, cofondé à Paris en 2018 avec des bureaux dans la capitale et à New York, a bouclé cette levée en attirant des investisseurs des trois continents, rapportent TechCrunch et Bloomberg. Les noms : Bpifrance via son Fonds National d’Amorçage 2, Vertex Holdings (Singapour), mais aussi de nouvelles têtes comme le Fonds européen d’investissement, le groupe espagnol ACS, Novo Holdings, Planet First Partners et Toshiba. La liste est longue pour un secteur souvent décrit comme trop risqué, trop lointain.
Le coup de pouce de Jensen Huang
Difficile de ne pas faire le lien avec un moment précis. En juin 2025, Jensen Huang, le patron de Nvidia, a publiquement déclaré que « l’informatique quantique atteint un point d’inflexion ». Pour un marché qui cherchait sa légitimité institutionnelle depuis des années, c’était une validation massive. Des actions de sociétés quantiques cotées en Bourse se sont envolées dans les mois qui ont suivi. Bloomberg parle d’une « quantum frenzy » qui rappelle des épisodes passés.
Mais Will Zeng, l’un des associés du fonds, refuse de confondre l’enthousiasme boursier et la réalité du terrain. « Il existe des technologies encore privées plus excitantes que ce que le marché public montre », confie-t-il à TechCrunch. Son pari : entrer tôt, capturer plus de valeur, et ne pas se limiter aux seuls fabricants de puces quantiques.
Pasqal, Quandela et les "picks and shovels"
Le deuxième fonds élargit la thèse du premier. Quantonation ne cible plus seulement les constructeurs de processeurs quantiques, mais aussi l’infrastructure qui fait tourner tout l’écosystème. Zeng cite l’exemple de Qblox, une startup néerlandaise spécialisée dans le hardware de contrôle quantique, qui était déjà cliente de startups du portefeuille avant que le fonds ne co-dirige sa série A. Des « picks and shovels » : les outils du rush, pas l’or lui-même.
Sur les 25 startups ciblées, 12 ont déjà signé. Le portefeuille comprend des pépites françaises comme Pasqal et Quandela. La géographie reste volontairement internationale. « Dans beaucoup de domaines où on investit, il n’y a pas encore de gagnant régional clairement identifié », note Zeng. Et la recherche fondamentale, elle, vient de partout.
Reste que les ordinateurs quantiques n’ont toujours pas surpassé les machines classiques dans des conditions réelles. L’avantage quantique, promis depuis des années, n’est pas encore là. Ce que Quantonation défend, c’est que les progrès en correction d’erreurs raccourcissent l’horizon. Le chip Willow de Google, fin 2024, a marqué un cap. Les premières applications concrètes, en sciences de la vie et en nouveaux matériaux, seraient accessibles d’ici quelques années selon les acteurs du secteur.
Un secteur qui grandit vite : d’autres fonds dédiés ont émergé, comme QDNL aux Pays-Bas ou 55 North au Danemark. Le quantum n’est plus une niche de physiciens.