Un fil d’actualité méconnaissable
Huit ans sans ouvrir Facebook. Un développeur web se reconnecte par curiosité, cherche un groupe de quartier, et tombe sur un fil d’actualité qu’il ne reconnaît plus. Son billet de blog, publié sur Pilk, a récolté plus de mille points sur Hacker News en quelques heures.
Le constat est brutal. Premier post : un webcomic qu’il suit. Les dix suivants ? Des selfies de femmes générées par intelligence artificielle, assorties de légendes creuses. Aucun de ces comptes ne figure dans ses abonnements. Tout vient de l’algorithme.
En scrollant, ça ne s’arrange pas. Vidéos de faux sauvetages par des policiers (générées par IA), mèmes relationnels calibrés pour provoquer des réactions, engagement bait à la chaîne. Meta pousse même des questions à poser à son IA intégrée sous chaque publication. Du type « Pourquoi porte-t-elle des talons roses ? » ou « Quelle est sa personnalité ? ». Malaise garanti.
L’algorithme qui nourrit le vide
Sur Hacker News, la discussion a pris feu. Plus de mille commentaires. Un utilisateur raconte que sa mère, elle, voit un Facebook impeccable. Photos d’amis en voyage, groupes d’activités locales, messages chaleureux sous ses publications. La différence ? Elle poste régulièrement. Elle interagit avec de vraies personnes. L’algorithme a de quoi travailler.
Pour les autres, ceux qui ne se connectent plus ou qui n’ont jamais beaucoup publié, le vide est comblé par du contenu jetable. Optimisé pour l’engagement. Vidé de tout lien social.
À lire aussi
Trois milliards d’utilisateurs, mais pour quoi faire ?
Facebook revendique toujours 3 milliards d’utilisateurs actifs mensuels, d’après les résultats financiers de Meta publiés début 2026. Mais derrière ce chiffre massif, les signaux de dégradation s’accumulent. The Verge et Ars Technica documentent depuis des mois la montée du contenu généré par IA sur la plateforme. Meta avait même lancé des « profils IA » avant de reculer face au tollé, comme le rapportait The Financial Times.
Le réseau social qui a inventé le fil d’actualité algorithmique en est devenu la première victime. Quand il n’y a plus d’amis qui postent, l’algorithme ne peut servir que du bruit.
Le débat qui dépasse Facebook
Plusieurs commentateurs sur Hacker News comparent les flux algorithmiques au plomb dans l’essence en termes de dommage social. « L’algorithme cible les gens seuls, ceux qui ont une rancœur, ceux qui se sentent exclus. C’est implacable », résume l’un d’eux. Un autre va plus loin : le Section 230, ce texte de loi américain qui protège les plateformes, ne devrait plus s’appliquer quand un algorithme de recommandation sélectionne le contenu. Parce qu’à ce stade, la plateforme devient éditeur.
L’auteur du billet, lui, a quitté Facebook pour de bon après avoir aperçu des images IA de mineures dans son flux. « À bientôt, jamais. » Reste à savoir si Meta a les moyens, ou même l’envie, de nettoyer sa propre maison.