120 milliards de dollars de capitalisation boursière, 7 600 salariés, plus de 5 milliards de revenus annuels. Advantest n’est pas un petit acteur du secteur tech. C’est LE fournisseur d’équipements de test pour les semi-conducteurs, celui sans qui des géants comme TSMC ou Samsung ne pourraient pas vérifier la fiabilité de leurs puces. Et depuis le 15 février, son réseau informatique est entre les mains d’un groupe de pirates.

Le samedi noir d’Advantest

Le groupe japonais, coté à la Bourse de Tokyo, a repéré des activités inhabituelles dans son infrastructure informatique le samedi 15 février. Protocole d’urgence activé, systèmes isolés, experts en cybersécurité appelés en renfort. Quatre jours plus tard, le 19 février, Advantest publie un communiqué officiel : un tiers non autorisé aurait pénétré une partie du réseau et déployé un rançongiciel.

L’entreprise reste prudente dans sa communication. Pas de confirmation de vol de données pour l’instant, pas de nom de groupe criminel. Le conditionnel reste de mise : si l’enquête révèle que des données clients ou employés ont été touchées, les personnes concernées seront prévenues directement. Le flou est encore total.

Pourquoi cette attaque compte

Advantest fabrique les machines qui testent les puces avant leur mise en circulation. Des processeurs pour l’intelligence artificielle, la 5G, les véhicules autonomes, le calcul haute performance. Bref, un maillon discret mais critique de la chaîne des semi-conducteurs mondiale. Une perturbation prolongée de ses opérations pourrait ralentir toute une filière déjà sous tension.

Le Japon, nouvelle cible favorite ?

Ce qui frappe, c’est la tendance. Ces derniers mois, les cyberattaques contre des entreprises japonaises se sont multipliées. Nissan a subi une fuite de données via un prestataire. NTT, le géant des télécoms, a vu 18 000 entreprises clientes exposées. La chaîne hôtelière Washington Hotel a été infectée par un ransomware. Muji a dû stopper ses ventes en ligne. La brasserie Asahi a été revendiquée par le groupe Qilin.

Difficile de ne pas y voir un schéma. Les entreprises japonaises, historiquement moins habituées aux attaques massives que leurs homologues américaines, semblent rattraper leur retard de la pire façon possible. Selon BleepingComputer, qui a révélé l’attaque, aucun groupe de ransomware n’a encore revendiqué celle d’Advantest.

Et maintenant ?

L’enquête continue. Advantest promet de la transparence et des mises à jour régulières. Mais la question reste ouverte : les données de test des puces les plus avancées au monde ont-elles été compromises ? Pour un secteur où la propriété intellectuelle vaut des fortunes, la réponse pourrait peser lourd.