Huit heures. C’est le temps que Mark Zuckerberg a passé à la barre, mardi, dans un tribunal de Los Angeles. Face à lui : des avocats, des journalistes, et surtout des parents dont les enfants sont morts après avoir développé des troubles qu’ils attribuent à Instagram et Facebook.
« Vous déformez ce que je dis »
Le patron de Meta ne s’est pas laissé faire. « Ce n’est pas du tout ce que je dis », a-t-il lancé à l’avocat des plaignants, Mark Lanier, un pasteur texan au style théâtral, selon NPR. Ambiance tendue dans la salle.
Le procès tourne autour d’une question simple en apparence : Meta a-t-elle volontairement conçu ses plateformes pour rendre les enfants accros ? La plaignante, une Californienne de 20 ans identifiée comme « Kaley », affirme qu’Instagram et les applications de Google l’ont poussée vers une utilisation compulsive qui a détérioré sa santé mentale.
Des documents internes embarrassants
L’accusation a sorti des documents internes plutôt gênants. Un rapport de 2020 montre que les utilisateurs de 11 ans revenaient quatre fois plus souvent sur Facebook que les adultes, rapporte NPR. Problème : l’âge minimum pour s’inscrire sur Instagram est censé être 13 ans.
« Les gens de 11 ans sur Facebook ? Je croyais que vous n’en aviez pas ? » a ironisé l’avocat Lanier. Zuckerberg a reconnu que beaucoup d’utilisateurs mentent sur leur âge et que faire respecter cette limite est « très difficile ».
Un document de 2015 estimait que 30 % des 10-12 ans américains utilisaient déjà Instagram. Un autre, daté de 2018, affirmait : « Si on veut gagner avec les ados, il faut les capter quand ils sont pré-ados. »
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Les filtres beauté, symbole du bras de fer
L’un des échanges les plus vifs a porté sur les filtres de réalité augmentée qui simulent de la chirurgie esthétique. Dix-huit experts de l’université de Chicago avaient prévenu : ces filtres nuisent à l’image corporelle des adolescentes. Meta les avait temporairement interdits.
Zuckerberg a choisi de lever l’interdiction. « Supprimer ça, c’est paternaliste », a-t-il justifié, selon CNBC. Sa ligne de défense : les filtres restaient disponibles mais n’étaient plus recommandés aux utilisateurs. « Je veux donner aux gens la possibilité de s’exprimer. »
Un e-mail à Tim Cook
Pour tenter de montrer que Zuckerberg prenait la sécurité des jeunes au sérieux, la défense a présenté un e-mail de février 2018. Le patron de Meta y contactait Tim Cook, le PDG d’Apple, pour discuter du « bien-être des adolescents et des enfants ». Une initiative spontanée, vers un concurrent direct, qui vise à nuancer le portrait d’un dirigeant indifférent, selon CNBC.
Le « moment Big Tobacco » de la tech
Plusieurs médias américains comparent ce procès au tournant historique de l’industrie du tabac dans les années 1990. Détail remarqué par The Verge : Zuckerberg est arrivé au tribunal entouré d’une escorte portant des lunettes connectées Ray-Ban Meta. Le juge a d’ailleurs interdit le port de ces lunettes dans la salle d’audience, menaçant de poursuites pour outrage quiconque enregistrerait les débats.
Le procès se poursuit. Et pour Meta, l’enjeu dépasse largement ce seul tribunal de Los Angeles.