335 millions de dollars levés, une valorisation à 4 milliards. En quatre mois d’existence. Ricursive Intelligence n’a même pas encore de produit commercial, mais la Silicon Valley se bat déjà pour mettre de l’argent sur la table.

Le duo qui fait tourner les têtes

Derrière cette startup, deux noms que l’industrie connaît bien : Anna Goldie et Azalia Mirhoseini. Leur parcours ressemble à un copier-coller synchronisé. Elles ont rejoint Google Brain le même jour, quitté Google Brain le même jour, intégré Anthropic le même jour, quitté Anthropic le même jour. Jusqu’à la création de Ricursive, en octobre dernier. Le même jour, forcément.

Chez Google, le duo avait créé Alpha Chip, un outil capable de concevoir l’agencement d’une puce en six heures. Un travail qui prend normalement un an à une équipe d’ingénieurs humains. L’outil a servi à concevoir trois générations de TPU, les processeurs maison de Google dédiés à l’intelligence artificielle.

Pas un concurrent de Nvidia

Et c’est là que ça devient intéressant. Ricursive ne fabrique pas de puces. La startup développe des outils d’IA qui conçoivent des puces pour les autres. Nvidia, AMD, Intel : tous sont à la fois investisseurs et clients potentiels. Le modèle est malin. Au lieu de se frotter aux géants du semi-conducteur, Ricursive leur vend la pelle et la pioche.

Concrètement, leur plateforme utilise un système de récompense pour évaluer la qualité d’un design. L’agent IA apprend de chaque tentative, ajuste ses paramètres, et s’améliore. Après des milliers de designs, il devient rapide. Très rapide. Et surtout, chaque nouvelle puce conçue rend le système meilleur pour la suivante.

L’IA qui dessine son propre cerveau

La vision à long terme donne le vertige. Si Ricursive tient ses promesses, on se retrouve avec une IA qui conçoit les puces sur lesquelles elle tourne. L’IA dessine son propre cerveau, en quelque sorte. « Les puces sont le carburant de l’intelligence artificielle », résume Goldie. « En construisant des puces plus puissantes, c’est la meilleure façon de repousser cette frontière. »

Mirhoseini complète : le temps de conception des puces freine la progression de l’IA. Accélérer ce processus permettrait une co-évolution rapide entre les modèles et le matériel qui les fait tourner.

Un marché qui s’emballe

Lightspeed a mené la série A de 300 millions, deux mois à peine après un tour de table de 35 millions piloté par Sequoia. Le rythme est inhabituel, même pour la Silicon Valley. Mais le pedigree des fondatrices explique l’engouement. Mark Zuckerberg leur avait envoyé des offres « folles » pour les recruter chez Meta, selon Goldie. Elles ont décliné.

Reste une question ouverte : est-ce que l’industrie est prête à confier la conception de ses puces les plus sensibles à une IA ? Pour l’instant, les chèques disent oui.