15 millions de dollars. C’est ce que vient de lever C2i Semiconductors, une jeune pousse indienne qui s’attaque à un problème que personne ne voit, mais que tout le monde paie : les pertes d’énergie entre le réseau électrique et les puces qui font tourner l’intelligence artificielle.

Le goulot d’étranglement que personne ne regarde

On parle beaucoup de GPU, de modèles toujours plus gros, de courses à la puissance. Mais il y a un angle mort. Avant même qu’un watt n’atteigne un processeur, il passe par des dizaines de conversions de tension. Du réseau haute tension jusqu’au cœur du GPU, chaque étape grignote de l’énergie. Résultat : entre 15 et 20 % de l’électricité est perdue en route, transformée en chaleur inutile.

Preetam Tadeparthy, cofondateur et directeur technique de C2i, résume la situation : « Ce qui était à 400 volts est déjà passé à 800, et ça va continuer à monter. » Le problème ne fait que s’aggraver avec la montée en puissance des data centers dédiés à l’IA. Pour bien comprendre les enjeux matériels derrière cette course, on vous conseille notre article sur les GPU, TPU et NPU.

D’anciens de Texas Instruments aux commandes

L’équipe fondatrice ne sort pas de nulle part. Ram Anant, Vikram Gakhar, Preetam Tadeparthy et Dattatreya Suryanarayana ont tous fait leurs armes chez Texas Instruments, le géant des semi-conducteurs. Leur idée : repenser intégralement la chaîne d’alimentation, du réseau électrique jusqu’au GPU, comme un système unique et intégré.

L’approche porte un nom : « grid-to-GPU ». Au lieu de traiter chaque conversion de tension séparément, C2i conçoit une plateforme qui gère l’ensemble d’un bloc. Gain estimé : 10 % de pertes en moins, soit 100 kilowatts économisés par mégawatt consommé. Ça peut paraître modeste. Ça ne l’est pas du tout quand on multiplie par les centaines de mégawatts d’un data center.

Des chiffres qui donnent le vertige

Selon BloombergNEF, la consommation électrique des data centers pourrait tripler d’ici 2035. Goldman Sachs avance une hausse de 175 % d’ici 2030 par rapport à 2023, l’équivalent d’ajouter un pays entier au top 10 des plus gros consommateurs d’électricité au monde.

Peak XV Partners, l’ex-branche indienne de Sequoia Capital, mène ce tour de table de série A. TDK Ventures et Yali Deeptech complètent l’opération, portant le financement total de la startup à 19 millions de dollars. Rajan Anandan, directeur général de Peak XV, ne cache pas son enthousiasme : « Si vous réduisez les coûts énergétiques de 10 à 30 %, on parle de dizaines de milliards de dollars. » Une logique similaire à celle de Blackstone qui vient d’injecter 1,2 milliard dans l’infrastructure IA indienne.

Le pari reste risqué

Les premiers prototypes de puces devraient revenir de fabrication entre avril et juin. L’équipe, basée à Bangalore avec 65 ingénieurs, ouvre des bureaux aux États-Unis et à Taïwan pour préparer les premiers déploiements chez des opérateurs de data centers et des hyperscalers.

Réinventer l’alimentation électrique des data centers, c’est s’attaquer à un secteur verrouillé par des géants installés depuis des décennies, avec des cycles de qualification qui se comptent en années. Mais si la consommation continue de grimper à ce rythme, le marché n’aura pas le luxe d’attendre.