D’ici quelques semaines, l’IA dans votre WhatsApp aura changé sans que personne vous le demande. Meta a lancé Muse Spark, son premier modèle d’IA propriétaire, et le déploiement sur WhatsApp, Instagram, Facebook et les lunettes Ray-Ban est déjà annoncé. Le détail qui change tout : contrairement à Llama, que n’importe qui pouvait télécharger, Muse Spark ne sera pas accessible au public. Meta vient de rejoindre le camp d’OpenAI et Google.
Trois milliards d’utilisateurs, une IA qu’ils ne verront pas venir
Muse Spark est déjà actif sur meta.ai et dans l’application Meta AI. Dans les semaines qui viennent, il prendra le relais dans les assistants intégrés à WhatsApp, Instagram, Facebook et Messenger. Les lunettes connectées Ray-Ban Meta, qui se vendent à plusieurs millions d’exemplaires depuis le lancement de la deuxième génération, tourneront également sur ce nouveau modèle.
Pour les utilisateurs, le changement sera invisible. Mais pour les développeurs, les entreprises et les chercheurs qui s’appuyaient sur les modèles Llama de Meta depuis 2023, c’est un virage à 180 degrés. Llama se téléchargeait librement, s’intégrait dans des applications tierces, s’exécutait sur un ordinateur personnel. Muse Spark, lui, n’est accessible que via un accès API restreint, ouvert uniquement à une poignée de partenaires sélectionnés.
La fin de trois ans de discours sur l’open source
Depuis 2023, Mark Zuckerberg avait fait de l’intelligence artificielle ouverte un argument de différenciation face à OpenAI et Google. Llama 1, puis Llama 2, puis Llama 3 : chaque version était rendue publique, téléchargeable, modifiable. Meta justifiait cela comme une stratégie bénéfique à l’écosystème, et aussi comme une façon de contre-balancer la domination des modèles fermés.
Ce discours a pris un coup au printemps 2025, quand Llama 4 s’est avéré décevant. Le modèle avait affiché des performances élevées sur certains benchmarks, mais les résultats réels en dehors des tests contrôlés étaient nettement inférieurs à ce que laissaient entendre les chiffres. La polémique a forcé Meta à reconstruire son infrastructure IA depuis la base.
Neuf mois plus tard, Muse Spark est la réponse. Mais cette fois, Meta ne partage pas le code. Alexandr Wang, co-fondateur de Scale AI recruté comme premier directeur IA de Meta en juin 2025, a précisé que l’entreprise avait « des plans pour mettre en open source des versions futures ». Pour l’instant, rien de concret.
Alexandr Wang et les recrutements à plusieurs centaines de millions de dollars
Le recrutement de Wang lui-même illustre l’ampleur du virage. La compensation proposée, equity comprise, aurait dépassé la centaine de millions de dollars. Meta a mené une campagne de recrutement agressive pour constituer les équipes de Meta Superintelligence Labs, le groupe interne créé spécialement pour développer Muse Spark et ses successeurs.
Résultat : un modèle développé en neuf mois qui revendique des performances compétitives en raisonnement avancé et en santé. Plus de 1 000 médecins ont participé à la phase d’entraînement pour les questions médicales. Le modèle affiche 89,5 % sur les tests de raisonnement au niveau doctorat, contre 94,3 % pour Gemini Pro de Google, mais domine les benchmarks santé avec 42,8 %. Meta reconnaît des lacunes sur les tâches longues en mode agentique et sur les workflows de programmation.
Le « mode Contemplation » contre GPT-5.4 et Gemini
Muse Spark se déploie en deux modes. « Muse Spark Thinking » est déjà disponible dans les applications Meta AI. Le « mode Contemplation », encore en déploiement progressif, est conçu pour rivaliser avec les modes raisonnement lent de Google Gemini et d’OpenAI GPT-5.4 Pro. Sur Humanity’s Last Exam, test de référence pour mesurer les capacités de raisonnement complexe, Muse Spark en mode Contemplation affiche 58 %, contre des scores similaires pour ses concurrents directs.
Selon The Decoder, Muse Spark se positionne dans le top 5 mondial avec 52 points sur l’Artificial Analysis Intelligence Index, derrière Gemini 3.1 Pro, GPT-5.4 et Claude Opus 4.6. Ce n’est pas la première place, mais c’est un retour aux avant-postes après l’échec de Llama 4. Meta indique que le modèle atteint des performances comparables à Llama 4 avec « un ordre de grandeur de moins de calcul ». En d’autres termes, il est moins cher à faire tourner, ce qui rend le déploiement à l’échelle de WhatsApp financièrement viable.
Ce que ça change pour la concurrence
La décision de Meta a un impact qui dépasse les seuls utilisateurs de WhatsApp. Jusqu’ici, les modèles Llama servaient de base à des centaines de startups, d’applications spécialisées et de projets de recherche. Certaines entreprises avaient construit leur différenciation sur une version fine-tunée de Llama. Avec Muse Spark verrouillé, ces acteurs vont devoir se rabattre sur les modèles de Mistral AI, de Cohere, ou d’autres fournisseurs qui maintiennent une offre ouverte.
Du côté des géants, la réaction a été discrète. Google et OpenAI n’avaient aucun intérêt à commenter l’alignement de Meta sur leur propre stratégie. Les analystes notent que cette convergence vers des modèles propriétaires renforce la tendance : les IA les plus puissantes resteront des boîtes noires, accessibles uniquement via des interfaces ou des API contrôlées.
L’open source, promesse reportée sine die
La question qui reste en suspens est celle de la date. Wang a dit « des plans pour l’open source ». Meta a dit « des versions futures ». Mais aucune date, aucun engagement ferme. Dans le secteur, des déclarations similaires ont déjà précédé des abandons complets.
Pour les entreprises qui avaient construit des produits sur Llama, l’incertitude est réelle. Pour les utilisateurs de WhatsApp, d’Instagram et de Facebook, la question est différente : ils vont interagir avec un modèle d’IA propriétaire, développé dans des conditions opaques, déployé sans option d’opt-out visible. Ce n’est pas une rupture sans précédent. OpenAI, Google, Apple l’ont fait avant Meta. Mais de la part d’une entreprise qui se présentait comme le défenseur de l’IA ouverte, le contraste est saisissant.
Meta a indiqué que le déploiement sur WhatsApp et les autres applications débutera dans les prochaines semaines. L’accès API élargi, lui, est conditionné à une sélection par équipe Meta. Aucun calendrier précis pour un éventuel accès développeur grand public.