Instagram, TikTok, Facebook, Snapchat : dès le 1er janvier 2027, les moins de 15 ans grecs n’y auront plus accès. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis l’a annoncé ce mercredi 8 avril 2026. Particularité de la méthode choisie par Athènes : une application fournie par l’État, installée d’office sur tous les appareils personnels du pays, pour vérifier l’âge à chaque connexion. Une façon de bloquer les réseaux sociaux qui soulève déjà des questions.

Une vague qui déferle sur toute la planète

La Grèce n’est pas pionnière. L’Australie a ouvert le bal le 10 décembre 2025, en interdisant les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, une première mondiale. Depuis, les gouvernements se sont empressés de suivre. Selon les données compilées par Touteleurope.eu, au moins 11 pays avancent désormais dans cette direction : Danemark, Espagne, Italie, Portugal, Norvège, Nouvelle-Zélande, Malaisie (interdiction prévue courant 2026) et Royaume-Uni (où le Parlement pousse pour les moins de 16 ans, même si le gouvernement de Keir Starmer résiste).

En France, c’est déjà plié. Le Sénat a adopté le texte fin mars 2026, après un feu vert de l’Assemblée nationale fin janvier. L’interdiction entrera en vigueur le 1er septembre 2026, soit dans moins de cinq mois. Elle concerne les plateformes jugées néfastes au développement de l’enfant, les autres restant accessibles avec accord parental. Les plateformes, pas les parents ni les enfants, seront tenues responsables en cas de manquement.

Ce que la Grèce veut installer sur le téléphone de vos enfants

L’approche grecque est la plus interventionniste à date. Athènes prévoit une application fournie par l’État, à installer obligatoirement sur tous les appareils personnels. Cet outil vérifierait l’âge de l’utilisateur avant chaque connexion à une plateforme de réseaux sociaux. Pas question d’exception avec l’accord parental : si l’enfant a moins de 15 ans, l’accès est coupé, sans discussion possible.

Mitsotakis ne s’arrête pas là. Il appelle ses homologues européens à adopter un « âge numérique de majorité » commun fixé à 15 ans, avec une reverification semestrielle par les plateformes pour s’assurer qu’aucun mineur ne se glisse à travers les mailles. S’il était suivi, ce serait la règle par défaut dans les 27 pays de l’Union européenne, selon les déclarations rapportées par l’agence Reuters et par Balkan Insight.

L’argument qui convainc les gouvernements partout dans le monde

Partout, les autorités s’appuient sur les mêmes constats : montée des troubles anxieux chez les adolescents, nuits raccourcies par les notifications, cyberharcèlement en hausse. Mitsotakis pointe le « design addictif » de ces applications, construites pour que l’utilisateur ne s’arrête pas de défiler. Ce n’est pas une métaphore. Des documents internes de Meta, rendus publics par des lanceurs d’alerte ces dernières années et rapportés notamment par le New York Times, montraient que leurs ingénieurs savaient que les adolescentes subissaient des dommages psychologiques mesurables à cause d’Instagram.

En France, un rapport commandé par le gouvernement en 2024 estimait qu’un enfant de 11 ans sur deux utilisait les réseaux sociaux quotidiennement, souvent via des comptes enregistrés avec un faux âge. La règle des 13 ans imposée par les plateformes elles-mêmes n’était donc pas respectée, faute de vérification sérieuse.

Un ado motivé prend 30 secondes à contourner la règle

Le problème que personne ne résout vraiment, c’est l’application pratique. Dès que l’Australie a annoncé sa loi, des tutoriels ont fleuri pour expliquer comment utiliser un réseau privé virtuel (VPN) afin de simuler une connexion depuis un pays sans restriction. Des jeunes Australiens ont aussi migré vers des plateformes moins connues ou vers des versions web non régulées. Le contournement est accessible à n’importe quel adolescent de 13 ans armé d’une bonne connexion et de cinq minutes.

La vérification de l’âge reste un casse-tête technique. La plupart des systèmes actuels reposent sur une simple déclaration, que n’importe quel enfant peut falsifier. Des solutions plus robustes existent (vérification par pièce d’identité, croisement avec des bases de données gouvernementales), mais elles soulèvent d’autres questions, notamment sur la vie privée. L’application d’État grecque, dont les détails techniques n’ont pas encore été rendus publics au moment de la rédaction de cet article, sera observée de près : c’est précisément ce système de surveillance que plusieurs associations de protection des libertés numériques, dont l’Electronic Frontier Foundation, surveillent de près à l’échelle mondiale.

TikTok et Meta en ligne de mire, mais pas sans résistance

Les grandes plateformes ne restent pas passives. Meta a multiplié les annonces d’outils de contrôle parental renforcés, TikTok a mis en avant ses « modes famille ». Ces initiatives, selon les associations de protection de l’enfance relayées par le Guardian, relèvent surtout de la communication et ne changent pas le modèle économique fondé sur le temps passé à l’écran. Pour TikTok, chaque minute passée par un adolescent représente de la donnée publicitaire.

Sur le plan juridique, les plateformes disposent d’un argument : si les règles divergent trop selon les pays, elles pourraient contester des lois nationales au nom du marché intérieur européen. C’est précisément ce que veut éviter Mitsotakis en plaidant pour une règle commune à Bruxelles. Une directive européenne unique serait nettement plus difficile à attaquer devant les tribunaux qu’une série de lois nationales éparpillées.

Les prochaines dates à retenir pour les familles

Pour les parents français, l’échéance concrète est le 1er septembre 2026 : TikTok, Instagram et les autres devront avoir mis en place leurs outils de vérification d’âge à cette rentrée, sous peine de sanctions infligées par l’Arcom, l’autorité française de régulation audiovisuelle. Pour les familles grecques, c’est le 1er janvier 2027. La Commission européenne, de son côté, n’a pas encore annoncé de texte unifié sur ce sujet. Mais quand une dizaine de membres de l’Union poussent dans la même direction en même temps, l’histoire récente de la régulation numérique en Europe montre que Bruxelles finit par s’aligner.