Pendant dix ans, Siri a été la seule voix dans votre voiture connectée. Dix ans de « je n’ai pas compris » et de renvois vers l’écran du téléphone. Depuis la mise à jour iOS 26.4, ChatGPT s’installe sur CarPlay et répond vocalement aux questions que Siri n’a jamais su traiter. Mais Apple a posé des règles strictes : pas question de toucher à quoi que ce soit dans la voiture.
Apple ouvre CarPlay aux IA tierces, une première
Jusqu’ici, seul Siri avait le droit de parler sur l’écran de bord des véhicules compatibles CarPlay. Avec iOS 26.4, Apple a créé une nouvelle catégorie d’applications : les « assistants conversationnels vocaux ». OpenAI s’est engouffré dans la brèche. Depuis début avril, l’application ChatGPT apparaît sur le tableau de bord des voitures connectées, à condition d’avoir un iPhone à jour et l’app installée.
Le principe : tout passe par la voix. L’écran du véhicule n’affiche qu’un panneau de contrôle minimal, un bouton « fin » et un bouton sourdine. Aucun texte, aucune image, aucun lien. Apple a imposé ces restrictions à toutes les apps de cette catégorie pour limiter la distraction au volant. La fonctionnalité est gratuite, accessible à tous les abonnements ChatGPT, y compris la version de base.
Ce que ChatGPT fait mieux que Siri en voiture
La différence se joue sur un terrain précis : la conversation longue. Demandez à Siri d’expliquer un concept entendu à la radio, et l’assistant vous renvoie vers un lien Safari à lire sur votre téléphone, ce qui revient à ne rien faire quand on conduit. ChatGPT, lui, répond vocalement, en phrases complètes, avec des nuances et du contexte. Selon le test du journaliste de Tom’s Guide, la voix de ChatGPT sonne « bien plus fluide et réaliste que Siri ou Gemini ».
OpenAI suggère plusieurs cas d’usage : préparer un argumentaire pour une réunion pendant le trajet, s’entraîner à parler une langue étrangère, ou se faire expliquer un sujet complexe les mains sur le volant. Des utilisations que Siri n’a jamais réussi à couvrir en une décennie.
Interdiction de toucher au volant, au GPS et à la musique
Mais la cohabitation a ses limites. ChatGPT ne peut rien contrôler dans la voiture. Impossible de lui demander de monter la climatisation, de passer à la chanson suivante ou de lancer un itinéraire. Pour tout ça, Siri reste indispensable. Autre contrainte : pas de mot de réveil. Contrairement à « Dis Siri », il faut appuyer manuellement sur l’icône ChatGPT pour démarrer une conversation. Un geste qui oblige à quitter la route des yeux, ne serait-ce qu’une seconde.
Ce découpage crée une situation sans précédent sur le tableau de bord. Siri gère les actions (appeler quelqu’un, envoyer un message, trouver une station-service). ChatGPT gère la réflexion (expliquer, résumer, débattre). Un conducteur qui veut tirer le maximum des deux doit jongler entre les deux assistants, ce qui pourrait vite devenir agaçant sur un long trajet, reconnaît le testeur de TechRadar.
98 % des voitures neuves sont compatibles
Le potentiel d’adoption est massif. CarPlay est pris en charge par 98 % des véhicules neufs vendus dans le monde, et près de huit acheteurs sur dix déclarent qu’ils n’achèteraient pas une voiture sans cette fonctionnalité, selon les données du marché compilées par Apple. La base installée se compte en centaines de millions de véhicules. Pour OpenAI, c’est un canal de distribution que même Siri leur envie.
Google n’a pas encore annoncé d’équivalent pour Android Auto, mais la porte est ouverte côté Apple. La nouvelle catégorie d’apps CarPlay pourrait accueillir d’autres assistants dans les prochains mois. Google Gemini et Anthropic Claude sont les candidats les plus probables. WhatsApp teste déjà une intégration CarPlay améliorée. Google Meet a aussi reçu un accès CarPlay avec la même mise à jour.
La question de la distraction reste ouverte
L’arrivée d’un chatbot conversationnel dans l’habitacle pose une question que les régulateurs n’ont pas encore tranchée. Une étude de la AAA Foundation for Traffic Safety avait conclu que CarPlay et Android Auto étaient « moins distrayants que les systèmes embarqués des constructeurs », mais reconnaissait que des tâches complexes pouvaient générer des niveaux de distraction « potentiellement dangereux ». Or, discuter avec ChatGPT de la géopolitique du pétrole pendant un créneau sur l’autoroute relève davantage de la tâche complexe que du simple « appelle maman ».
Certains utilisateurs précoces signalent que ChatGPT « a commencé à halluciner presque immédiatement » sur CarPlay, rapporte TheCoolDown. Une réponse fausse débitée avec assurance dans l’habitacle, sans texte à l’écran pour vérifier, pourrait poser plus de problèmes qu’une page web mal référencée par Siri.
Siri ne disparaît pas, mais perd son monopole
Apple n’a pas présenté cette ouverture comme un aveu d’échec de Siri. L’entreprise parle d’un « enrichissement de l’expérience CarPlay ». Mais les forums MacRumors, avec 73 commentaires sous l’annonce, dessinent un tableau plus franc : « Après des années de Siri, avoir un vrai assistant conversationnel en voiture fait une sacrée différence. » Le reproche récurrent vise la tendance de Siri à répondre « je ne peux pas faire ça ici, regarde sur ton téléphone ».
Pour l’instant, la coexistence reste pacifique. Siri conserve l’accès exclusif aux fonctions système (appels, messages, navigation, domotique HomeKit). ChatGPT s’installe sur le terrain que Siri n’a jamais su occuper : celui de la conversation utile. La vraie question se posera quand Apple décidera si Siri doit, lui aussi, devenir un modèle de langage capable de tenir une discussion, ou s’il restera cantonné au rôle de télécommande vocale. Les prochaines versions d’Apple Intelligence pourraient trancher ce débat dès la conférence WWDC en juin.