101 312 voitures vendues en un an. C’était le pic des Model S et Model X, en 2017, quand Tesla tenait le rôle du pionnier qui a convaincu le monde que la voiture électrique n’était pas réservée aux hippies californiens. Neuf ans plus tard, les chaînes de montage de Fremont, en Californie, se sont tues. Et les robots arrivent.
Elon Musk a confirmé cette semaine sur X que les commandes personnalisées des deux modèles emblématiques de Tesla sont terminées. « Il ne reste que quelques véhicules en stock », a-t-il écrit, promettant « une cérémonie officielle pour marquer la fin d’une ère ». L’option de configurer une Model S ou un Model X a déjà disparu du site de Tesla aux Etats-Unis.
Deux voitures qui ont changé l’industrie passent à la trappe
La Model S, lancée en 2012, a été la première berline électrique capable de rivaliser avec les BMW et les Mercedes sur le terrain du plaisir de conduite. La Model X, arrivée en 2015 avec ses portes papillon spectaculaires, a ouvert la marque à un nouveau public familial. Musk l’avait lui-même décrite comme « l’œuf de Fabergé des véhicules électriques », reconnaissant au passage que la complexité de l’engin avait failli couler l’usine.
Le déclin était pourtant prévisible. En 2025, Tesla n’a vendu que 9 199 Model S et 80 702 Model X aux Etats-Unis, selon les données de GoodCarBadCar. La Model S coûte 82 000 dollars, la Model X 84 990 dollars. Face à des Model 3 et Model Y bien plus accessibles, les deux doyennes ne représentaient plus qu’une fraction marginale des 1,69 million de véhicules livrés par Tesla en 2025, deuxième année consécutive de baisse globale des ventes.
Des robots humanoïdes sur les chaînes de la Model S
Le choix du remplaçant est radical. L’espace libéré à l’usine de Fremont ne servira pas à produire un SUV électrique ou la fameuse voiture à 25 000 dollars tant attendue par les investisseurs. Tesla y installera les lignes de fabrication d’Optimus, son robot humanoïde conçu pour accomplir des tâches physiques répétitives.
L’objectif affiché par Musk : un million de robots Optimus par an. Le prix cible de la version 3 du robot tourne autour de 30 000 dollars l’unité, selon les déclarations de Musk aux investisseurs. La production devrait démarrer à la mi-2026, d’abord pour un usage interne dans les usines Tesla, avant une commercialisation extérieure qui reste floue.
« Je pense qu’il est temps d’accorder aux Model S et X une décharge honorable, a déclaré Musk lors de la conférence de résultats de janvier. Nous nous dirigeons vers un avenir basé sur l’autonomie. » Traduction : Tesla ne se considère plus comme un constructeur automobile, mais comme une entreprise d’intelligence artificielle et de robotique.
Le Cybercab, un taxi sans volant qui n’a pas le droit de rouler
L’autre pari s’appelle Cybercab. Ce véhicule biplace entièrement autonome, dépourvu de volant et de pédales, doit entrer en production ce mois-ci à l’usine d’Austin, au Texas. Le premier exemplaire est sorti de la ligne d’assemblage en février. Mais un détail freine tout : la réglementation américaine exige qu’un véhicule possède un volant et des pédales, et Tesla n’a déposé aucune demande de dérogation auprès de la NHTSA (l’autorité fédérale de sécurité routière), selon les documents publics consultés par TechCrunch.
Le logiciel Full Self-Driving (FSD), sur lequel repose entièrement le Cybercab, n’a pas encore prouvé qu’il pouvait fonctionner de manière fiable à grande échelle sans conducteur humain. Des tests limités de robotaxis sont en cours à Austin, mais en Californie, un permis spécifique est nécessaire pour faire payer des passagers dans un véhicule sans conducteur.
Zoox, la filiale robotaxi d’Amazon, a obtenu une dérogation fédérale pour faire rouler ses véhicules sans volant sur la voie publique en août 2025. Ce précédent pourrait ouvrir la voie à Tesla, mais les procédures prennent du temps. Et le calendrier de Musk a une longue histoire de glissements.
358 000 livraisons au premier trimestre, en dessous des attentes
Ce virage stratégique survient alors que les chiffres de Tesla patinent. Au premier trimestre 2026, l’entreprise a livré 358 023 véhicules dans le monde, soit 6 % de plus que le premier trimestre 2025 (qui était déjà le pire en deux ans), mais en dessous des 370 000 attendus par les analystes, selon CNBC. La production a dépassé les livraisons de plus de 50 000 unités, un signal classique de problèmes de demande, selon Electrek.
Le titre Tesla a bouclé son pire trimestre boursier depuis la crise financière de 2008, souligne VentureBeat, tandis que les investisseurs exigent des preuves que les centaines de milliards investis dans l’infrastructure IA se traduisent en revenus. La concurrence grignote du terrain : BYD, le géant chinois, a livré 2,26 millions de véhicules électriques en 2025, détrônant Tesla au rang mondial, rapporte Bloomberg.
Un constructeur qui ne veut plus construire de voitures
Musk l’a dit clairement aux investisseurs : « Les seuls véhicules que nous fabriquerons seront des véhicules autonomes, à l’exception du Roadster de nouvelle génération. » Cette phrase résume le pari : abandonner la fabrication automobile traditionnelle pour tout miser sur la robotique et l’autonomie.
Le contexte dépasse Tesla. Ford, Hyundai et Honda ont eux aussi annulé ou repoussé des modèles électriques ces derniers mois, dans un marché refroidi par la suppression du crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars en septembre 2025, rappelle Business Insider. Mais aucun ne remplace ses voitures par des robots.
Les résultats trimestriels de Tesla, prévus le 22 avril, devraient donner les premières indications chiffrées sur le coût de l’arrêt des Model S/X et sur l’avancement réel du programme Optimus. D’ici là, les quelques centaines de berlines et SUV restant en stock s’écoulent dans un silence qui ressemble à la fin d’un chapitre, et au début d’un pari que personne d’autre n’a encore osé tenter.