7,5 gigawatts. C’est la puissance électrique que Meta va mobiliser pour alimenter un seul data center en Louisiane. L’équivalent de la consommation de tout l’Etat du Dakota du Sud. Pour y parvenir, l’entreprise de Mark Zuckerberg va construire dix centrales au gaz naturel. Le coût de cette IA « verte » dont Meta se vante depuis des années a désormais un prix : 12,4 millions de tonnes de CO2 par an.
Hyperion, le data center qui consomme autant qu’un Etat américain
Meta a annoncé la semaine dernière la construction de sept nouvelles centrales au gaz naturel, qui s’ajoutent aux trois déjà prévues. Toutes sont destinées à alimenter Hyperion, son nouveau data center IA en Louisiane, un investissement de 27 milliards de dollars. Selon l’accord conclu avec Entergy Louisiana, le fournisseur d’électricité local, les dix centrales produiront environ 7,5 gigawatts combinés.
Pour donner un ordre de grandeur : c’est légèrement plus que la capacité électrique totale du Dakota du Sud, selon les données de l’Agence américaine de l’énergie (EIA). Un seul bâtiment, pour une seule entreprise, consommant autant qu’un Etat peuplé de 900 000 habitants.
50 % de plus que l’empreinte carbone totale de Meta
Les calculs de TechCrunch, fondés sur les données du ministère américain de l’Energie, estiment que ces dix turbines rejetteront 12,4 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère chaque année. A titre de comparaison, c’est 50 % de plus que l’empreinte carbone totale déclarée par Meta en 2024, toutes activités confondues.
Et ce chiffre est sous-estimé. Il ne prend pas en compte les fuites de méthane le long de la chaîne d’approvisionnement en gaz naturel. Le méthane, principal composant du gaz naturel, réchauffe la planète 84 fois plus que le CO2 sur une période de vingt ans. Aux Etats-Unis, les fuites de méthane dans la production et le transport de gaz atteignent environ 3 %, selon une étude publiée dans Nature en 2024. A ce taux, l’impact climatique du gaz naturel peut dépasser celui du charbon, alerte une étude parue dans Environmental Research Letters.
Le dernier rapport de Meta ne mentionne pas le mot « méthane »
C’est peut-être le détail le plus révélateur. Le dernier rapport de développement durable publié par Meta ne fait aucune mention du méthane, ni du gaz naturel. Pourtant, ce combustible fossile est en passe de devenir l’un des principaux contributeurs à l’empreinte carbone de l’entreprise.
Pendant ce temps, Meta continue de publier des communiqués flatteurs sur ses achats d’énergie renouvelable. En 2025, l’entreprise a signé un contrat d’achat d’énergie solaire de plus d’un gigawatt et acquis les droits sur une centrale nucléaire pour vingt ans, rapporte TechCrunch. Ces investissements sont réels, mais ils font désormais figure de vitrine écologique face à la montagne de gaz qui se profile en Louisiane.
Le « pont » gazier qui n’en finit pas de durer
L’argument du gaz naturel comme « énergie de transition » existe depuis des décennies. L’idée : construire quelques centrales au gaz le temps que le renouvelable, les batteries et le nucléaire montent en puissance. C’est très probablement la justification utilisée en interne chez Meta. Mais les faits contredisent ce discours. Les prix des énergies renouvelables et des batteries se sont effondrés ces dernières années, tandis que le coût des turbines à gaz a grimpé en flèche, rapporte Bloomberg.
Les géants de la tech ne sont pas les seuls à alimenter cette fièvre gazière. Les data centers au niveau mondial consommeront environ 945 térawattheures d’électricité en 2030, contre 460 TWh en 2024, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Cette explosion est portée essentiellement par l’IA générative : chaque requête sur un modèle de langage consomme entre 5 et 10 fois plus d’énergie qu’une recherche classique sur Google, selon plusieurs estimations convergentes.
La Louisiane, nouveau Texas de l’IA
Le choix de la Louisiane n’est pas anodin. L’Etat offre des incitations fiscales généreuses pour les projets industriels et dispose d’un réseau de gazoducs dense hérité de l’industrie pétrolière. Le gouverneur Jeff Landry a salué le projet comme une « victoire économique majeure ». Entergy Louisiana promet que l’accord générera 2 milliards de dollars d’économies pour les consommateurs locaux grâce aux revenus supplémentaires. Mais les riverains des futures centrales devront aussi composer avec les émissions de particules fines et d’oxydes d’azote, des polluants qui contribuent aux maladies respiratoires dans un Etat déjà classé parmi les plus vulnérables du pays sur le plan sanitaire.
L’IA, gouffre énergétique que personne ne veut chiffrer
Meta n’est pas seul dans cette course. Microsoft a signé un contrat avec Constellation Energy pour rouvrir la centrale nucléaire de Three Mile Island. Google a conclu un accord pour de l’énergie géothermique au Nevada. Amazon multiplie les acquisitions de parcs éoliens et solaires. Mais aucun de ces acteurs ne publie le bilan carbone réel de ses modèles d’IA, charges d’entraînement et d’inférence comprises.
L’opacité est systémique. Sam Altman avait déclaré en 2024 que « l’avenir de l’IA dépend d’une percée en matière d’énergie ». Deux ans plus tard, la percée n’est pas venue. A la place, les entreprises construisent des centrales à gaz.
Meta pourrait s’en tirer en achetant des crédits de compensation carbone. Mais le volume nécessaire serait colossal, et l’efficacité de ces mécanismes reste contestée par la communauté scientifique. Contacté à plusieurs reprises par TechCrunch, Meta n’a pas répondu. La première des dix centrales en Louisiane devrait entrer en service courant 2028. D’ici là, le compteur de CO2 aura déjà commencé à tourner.