Sept heures après avoir quitté la Terre, le commandant Reid Wiseman a contacté Houston pour un problème qui n’a rien de spatial. Sur sa tablette Surface Pro, deux versions de Microsoft Outlook tournaient en parallèle, et aucune des deux ne fonctionnait. La scène, captée en direct sur le flux audio de la NASA, a fait le tour des réseaux sociaux en quelques heures.

Houston, on a un problème de messagerie

L’échange est devenu viral grâce à Niki Grayson, qui l’a repéré et partagé sur Bluesky. On y entend le contrôle au sol mentionner un souci avec le logiciel Optimus sur le PCD (Personal Computing Device) du commandant, une tablette Surface Pro fournie par Microsoft. Houston propose de prendre la main à distance. Wiseman accepte, puis ajoute, impassible : « J’ai aussi deux Microsoft Outlooks, et aucun des deux ne marche. Si vous pouvez vérifier Optimus et ces deux Outlooks, ce serait super. »

La NASA n’a pas encore commenté publiquement la résolution du bug. Microsoft, contacté par WIRED, a indiqué qu’il « pourrait avoir des informations plus tard ». En attendant, le guide officiel de Microsoft pour ce type de problème reste le même que pour n’importe quel employé de bureau : redémarrer en mode sans échec et désactiver les extensions.

Une tablette Surface Pro à 9 000 km de la Terre

Les astronautes d’Artemis II utilisent des PC portables grand public, adaptés pour l’espace. Un document technique de la NASA confirme que les PCD embarqués sont des Surface Pro. Le choix peut surprendre, mais il obéit à une logique pragmatique. Robert Frost, instructeur et contrôleur de vol à la NASA, l’a expliqué dans Forbes : « Un ordinateur portable Windows est utilisé pour les mêmes raisons qu’une majorité de gens utilisent Windows. C’est un système que les astronautes connaissent déjà. Pourquoi leur faire apprendre un nouvel OS ? »

Les quatre membres d’équipage, Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et le Canadien Jeremy Hansen, sont partis le 1er avril depuis le Kennedy Space Center pour un vol de dix jours autour de la Lune. C’est le premier vol habité au-delà de l’orbite terrestre depuis Apollo 17 en décembre 1972, soit 54 ans d’attente. Coût estimé de chaque mission Artemis selon l’inspecteur général de la NASA : 4,1 milliards de dollars.

Le bug Outlook n’est pas la seule galère à bord

Avant le problème de messagerie, l’équipage avait signalé un autre souci, nettement plus concret : le ventilateur des toilettes, chargé de collecter l’urine en apesanteur, affichait un voyant de panne. « Le ventilateur des toilettes est signalé comme bloqué », avait précisé le porte-parole de la NASA Gary Jordan pendant le direct, selon la BBC Sky at Night Magazine. Le problème a été résolu en quelques heures avec l’aide des équipes au sol, mais l’équipage disposait de sacs de secours au cas où.

Deux pannes en sept heures, une aux toilettes et une sur Outlook. L’espace, même à plusieurs milliers de kilomètres de la Terre, n’échappe pas aux tracas du quotidien.

L’espace a une longue tradition de bugs logiciels

Ce n’est pas la première fois qu’un problème informatique fait parler dans l’histoire spatiale. En 1962, la sonde Mariner 1 a dû être détruite 293 secondes après son décollage. La cause : un trait d’union manquant dans le code de guidage, une erreur manuscrite qui a fait dévier la fusée de sa trajectoire. Le fiasco a coûté 18,5 millions de dollars de l’époque, soit plus de 200 millions ajustés à l’inflation. Les ingénieurs l’appellent encore « le trait d’union le plus cher de l’histoire ».

En 1999, la sonde Mars Climate Orbiter s’est écrasée sur la planète rouge parce qu’un sous-traitant avait codé les poussées en livres-force au lieu de newtons. Deux systèmes de mesure incompatibles, 125 millions de dollars partis en fumée. Et lors d’Apollo 10, la « répétition générale » de l’alunissage en 1969, les astronautes ont dû gérer un problème encore plus inattendu : un excrément flottant dans la cabine, dont personne n’a jamais revendiqué la paternité. Le transcript officiel de la NASA en fait foi.

Pourquoi cette anecdote dit quelque chose de plus grand

Le bug Outlook d’Artemis II paraît anodin comparé à ces précédents. Personne n’a été en danger, la mission se déroule comme prévu. Mais l’anecdote révèle un point que les agences spatiales préfèrent garder discret : même les missions à plusieurs milliards reposent sur des outils logiciels grand public, avec les mêmes failles que sur le PC d’un comptable.

Wiseman n’a pas demandé l’aide de Copilot pour résoudre son problème. Il a fait ce que font des millions de salariés chaque lundi matin : appeler le support technique. La seule différence, c’est que son helpdesk se trouvait au Johnson Space Center de Houston, et que l’appel traversait plusieurs milliers de kilomètres de vide spatial.

Le programme Artemis a déjà englouti plus de 55 milliards de dollars depuis ses débuts, selon l’inspecteur général de la NASA. La prochaine étape, Artemis III, doit poser des astronautes sur le sol lunaire, probablement en 2028. D’ici là, on peut espérer que Microsoft aura trouvé une solution pour empêcher Outlook de planter, sur Terre comme dans l’espace.