En 2015, un abonnement Netflix standard coûtait 9,99 dollars par mois. En mars 2026, ce même forfait atteint 19,99 dollars. Le tarif a doublé. Le nombre d’écrans simultanés et la résolution maximale, eux, n’ont pas bougé.

+1 à +2 dollars sur tous les forfaits, zéro contrepartie

La plateforme vient de relever l’ensemble de ses abonnements aux États-Unis. Le forfait avec publicité passe de 7,99 à 8,99 dollars mensuels. Le standard sans pub grimpe de 17,99 à 19,99 dollars. Le premium, qui ouvre la 4K et quatre écrans simultanés, bondit de 24,99 à 26,99 dollars. Les frais pour ajouter un profil hors foyer augmentent aussi : 7,99 dollars avec publicité (contre 6,99 auparavant) et 9,99 dollars sans pub (contre 8,99), détaille TechCrunch.

Aucune contrepartie n’accompagne ces hausses. Résolution, nombre d’écrans, fonctionnalités de téléchargement : tout reste strictement identique, confirme Android Authority. Netflix invoque « l’amélioration continue de sa large gamme de divertissement et la qualité de son service ». Traduction : le catalogue s’étoffe, la note aussi, mais les forfaits ne bougent pas d’un cran.

Les nouveaux abonnés paient le nouveau tarif dès le 26 mars 2026. Les abonnés existants seront prévenus par email un mois avant la bascule, qui s’étalera sur les prochaines semaines.

Quatre hausses en quatre ans, deux fois plus vite que l’inflation

La précédente augmentation remontait à janvier 2025. Le standard sans pub était alors passé de 15,49 à 17,99 dollars, et le premium de 22,99 à 24,99 dollars. C’était aussi la première hausse du forfait publicitaire, lancé fin 2022 à 6,99 dollars. Avant cela, le standard avait grimpé de 13,99 à 15,49 dollars début 2022, rappelle CNBC.

Un abonné standard sans pub a vu sa facture passer de 13,99 à 19,99 dollars en quatre ans : une hausse de 43 %. Sur la même période, l’inflation cumulée aux États-Unis avoisine 17 %, selon les données du Bureau of Labor Statistics. Netflix augmente environ deux fois et demie plus vite que le coût de la vie.

Si l’on remonte plus loin, la trajectoire donne le vertige. En 2014, l’abonnement de base coûtait 7,99 dollars par mois. En douze ans, le prix d’entrée n’a jamais baissé. Et le forfait « basique » sans pub, qui offrait le meilleur rapport qualité-prix, a été supprimé en 2023 pour forcer les utilisateurs vers la publicité ou un tarif supérieur.

Le câble en costume numérique

Un foyer qui choisit le forfait premium à 26,99 dollars et ajoute un profil hors domicile à 9,99 dollars débourse 36,98 dollars par mois, soit 444 dollars par an. Au début des années 2010, un abonnement basique au câble aux États-Unis tournait autour de 30 à 40 dollars mensuels. Le streaming devait tuer le câble. Il l’a remplacé au même tarif.

Et Netflix ne vit plus seul. Un foyer abonné à Netflix standard (19,99 dollars), Disney+ sans pub (16,99 dollars) et Max sans pub (16,99 dollars) dépense 54 dollars par mois rien que pour trois services. Ajouter Peacock, Paramount+ ou un bouquet sportif fait grimper la note au-delà de 80 dollars. La fragmentation des catalogues a recréé le problème exact que le streaming promettait de résoudre : payer cher pour un tas de chaînes dont on ne regarde qu’une fraction.

300 millions d’abonnés, et personne ne claque la porte

Avec plus de 300 millions d’abonnés payants dans le monde (chiffre du quatrième trimestre 2024, rapporté par CNBC), Netflix reste le leader incontesté du streaming. La chasse au partage de mots de passe, lancée en 2023, a dopé les résultats : 19 millions de nouveaux abonnés payants sur le seul dernier trimestre 2024, un record historique.

Chaque hausse de tarif est un pari calculé. Netflix sait que très peu d’abonnés résilient quand la note grimpe d’un ou deux dollars. Le sondage publié par Android Authority après l’annonce confirme cette résignation : la majorité des votants se disent agacés mais pas prêts à partir. La domination du catalogue original, les licences exclusives et les événements en direct créent un effet de fidélité que les concurrents peinent à entamer.

Le forfait publicitaire à 8,99 dollars fonctionne aussi comme un filet de sécurité. Netflix l’a lancé fin 2022 pour retenir les abonnés sensibles au prix. En janvier 2025, la plateforme revendiquait 70 millions d’utilisateurs actifs mensuels sur ses formules avec publicité. Chaque hausse du forfait sans pub pousse un peu plus de monde vers la pub, et Netflix y gagne sur les deux tableaux : abonnement plus revenu publicitaire.

Podcasts, sport en direct et l’échec du rachat Warner Bros.

Pour justifier la note, Netflix multiplie les nouvelles verticales. Fin 2025, un accord avec iHeartMedia a lancé les podcasts vidéo sur la plateforme. Le direct prend de l’ampleur, avec des galas, des événements sportifs et des combats de boxe diffusés en live. Un redesign complet de l’application mobile est annoncé pour 2026, avec un flux de vidéos courtes inspiré de TikTok, rapporte TechCrunch.

Le pari le plus ambitieux, lui, a tourné court. En janvier 2026, Netflix a proposé 82,7 milliards de dollars en cash pour racheter Warner Bros. Discovery et mettre la main sur HBO, CNN et DC Comics. Le conseil d’administration de WBD a jugé l’offre concurrente de Paramount Skydance « supérieure » à 31 dollars par action. Netflix a renoncé fin février, selon Reuters. Sans ce rachat transformateur, la plateforme doit justifier chaque dollar supplémentaire par son seul contenu original, un exercice qui devient plus difficile à chaque hausse.

L’Europe, prochaine sur la liste

Historiquement, les hausses américaines de Netflix précèdent de quelques mois les ajustements européens. En France, le forfait standard sans pub est actuellement facturé 13,49 euros par mois. Si la plateforme applique la même logique de progression, les abonnés français pourraient voir la barre des 15 euros franchie avant l’automne 2026. Le Canada, le Portugal et l’Argentine, trois marchés où Netflix a relevé ses prix début 2025 selon CNBC, ont déjà encaissé des hausses similaires ces derniers mois.