50 Go de trafic protégé chaque mois, sans payer un centime. Firefox 149, déployé depuis le 24 mars, embarque un VPN gratuit directement dans le navigateur. Un bouclier activable en un clic pour masquer votre adresse IP sur le Wi-Fi du café, de l’hôtel ou de l’aéroport.
Pendant que Google supprimait discrètement le VPN de Google One en 2024, Mozilla choisit le chemin inverse. Le navigateur au renard passe à l’offensive sur la vie privée, avec un outil qui ne nécessite ni abonnement ni extension tierce. Juste un compte Mozilla gratuit.
Comment ça fonctionne, concrètement
Le principe est simple : un bouton apparaît dans la barre d’outils de Firefox. En l’activant, le navigateur redirige tout votre trafic web vers un serveur proxy sécurisé situé aux États-Unis. Votre adresse IP réelle disparaît des radars, remplacée par celle du serveur de Mozilla.
Précision qui compte : ce VPN ne protège que le trafic du navigateur. Les autres applications (messagerie, jeux, mails) continuent d’utiliser votre connexion normale. C’est la différence avec le Mozilla VPN payant (à partir de 4,99 €/mois), qui couvre l’ensemble de l’appareil. Mozilla détaille cette distinction sur sa page de support officielle.
L’enveloppe mensuelle s’élève à 50 Go. Pour donner un ordre de grandeur, c’est environ 25 heures de streaming vidéo en qualité standard, ou plusieurs semaines de navigation classique (mails, réseaux sociaux, actualités). Firefox envoie une notification quand le quota approche, selon BleepingComputer qui a testé la fonctionnalité.
Pour économiser cette enveloppe, Mozilla permet d’activer le VPN uniquement sur certains sites (cinq maximum). Une option pensée pour ceux qui veulent protéger leur navigation bancaire ou médicale sans gaspiller des gigaoctets sur YouTube.
France, Allemagne, Royaume-Uni : le club des quatre
Le déploiement démarre dans quatre pays : États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne et France. Les utilisateurs français peuvent donc en profiter dès la mise à jour vers Firefox 149, à condition de se connecter avec un compte Mozilla. Le déploiement est progressif : tout le monde ne verra pas le bouton le même jour, comme le précisent les notes de version officielles.
Aucun calendrier n’a été communiqué pour les autres pays. Mais le fait que la France figure dans la première vague, au côté de trois des plus gros marchés européens, montre que Mozilla cible directement le continent où le RGPD a rendu les internautes les plus sensibles à la protection de leurs données.
Ce que Mozilla collecte (et ce qu’il ne touche pas)
Sur la question des données, Mozilla joue la transparence. Le service enregistre des données techniques : si une connexion a réussi ou échoué, et le volume de données consommé par jour (par exemple : « 2 Go utilisés le 25 mars »). Pas d’historique de navigation, pas de sites visités, pas de contenu des pages.
Certains sites sont automatiquement exclus du tunnel VPN. C’est le cas des services de connexion Mozilla (pour éviter les boucles d’authentification) et des portails captifs de Wi-Fi public (ces pages où l’on doit accepter les conditions avant de se connecter). Sans cette exception, impossible de se reconnecter au VPN après une coupure réseau.
Opera le faisait déjà, alors pourquoi c’est différent
Firefox n’invente pas le concept. Opera propose un VPN intégré gratuit depuis 2016. Brave vend le sien en option payante. Mais le contexte a changé.
Google a fermé son VPN Google One en juin 2024, estimant que les utilisateurs n’en avaient « pas assez besoin ». Le géant de la publicité en ligne n’avait, il faut le dire, aucun intérêt commercial à masquer le trafic de ses propres utilisateurs. À l’inverse, Mozilla tire ses revenus des accords de moteur de recherche par défaut, pas du ciblage publicitaire. Protéger la vie privée de ses utilisateurs renforce sa proposition de valeur, là où cela affaiblirait celle de Google.
Quant à Opera, son VPN gratuit a fait l’objet de critiques récurrentes. Des chercheurs en sécurité ont souligné qu’il s’agit techniquement d’un proxy et non d’un VPN complet, et que la politique de confidentialité d’Opera (détenu par un consortium chinois depuis 2016) laisse planer des doutes sur l’utilisation des données de trafic. Firefox part avec un avantage de crédibilité : Mozilla est une fondation à but non lucratif, pas une entreprise cotée sous pression de rentabilité.
46 failles corrigées dans le même paquet
Le VPN n’est pas la seule nouveauté de Firefox 149. La mise à jour colmate 46 vulnérabilités de sécurité, dont plus de la moitié classées « haute sévérité » par le bulletin de sécurité MFSA-2026-20 de la Fondation Mozilla. Parmi elles : des failles d’échappement de sandbox, des erreurs de mémoire dans le moteur JavaScript JIT, et des débordements de tampon dans les composants graphiques et audio/vidéo.
Firefox 149 bloque aussi automatiquement les notifications des sites signalés comme malveillants par son système SafeBrowsing, et révoque leurs permissions de manière permanente. Finies les notifications de spam ou de phishing qui continuent d’arriver en arrière-plan.
Autre ajout grand public : le Split View, qui permet d’afficher deux onglets côte à côte dans la même fenêtre. Une fonction que Chrome propose depuis un moment, pratique pour comparer des prix, remplir un formulaire tout en consultant un document, ou prendre des notes pendant une lecture. Le blog officiel de Mozilla donne plusieurs exemples d’usage concrets testés par l’équipe de développement.
Le pari d’un navigateur à 3 % de parts de marché
Firefox pèse environ 3 % du marché mondial des navigateurs, loin derrière Chrome (65 %) et Safari (18 %). Offrir un VPN gratuit ne va pas inverser la tendance du jour au lendemain. Mais Mozilla mise sur l’accumulation : après le blocage des trackers par défaut (Enhanced Tracking Protection, lancé en 2019), le DNS chiffré (DNS over HTTPS, activé par défaut aux États-Unis en 2020), et maintenant le VPN intégré, Firefox se positionne comme le navigateur grand public le plus complet en matière de vie privée.
La question reste celle de la viabilité économique. 50 Go par utilisateur et par mois, multiplié par des millions d’utilisateurs potentiels, représente une facture d’infrastructure conséquente. Mozilla n’a pas détaillé le coût du programme ni sa durée de vie prévue. Si le service rencontre le succès, il faudra surveiller deux choses : une éventuelle réduction du quota mensuel, et l’apparition d’une offre premium pour ceux qui veulent davantage de données ou le choix du pays de sortie.
La mise à jour Firefox 149 est disponible dès maintenant. Sur ordinateur, le navigateur se met à jour automatiquement. Pour vérifier : menu, puis « Aide », puis « À propos de Firefox ».