9,3 milliards de visites par mois pour les chatbots IA. 41 milliards pour les réseaux sociaux. L’écart est encore de un à quatre, mais la vitesse de rapprochement donne le vertige : les chatbots grandissent sept fois plus vite que les plateformes sociales, selon les chiffres publiés par Similarweb le 5 avril. À ce rythme, la question n’est plus de savoir si ChatGPT, Gemini et Claude rattraperont Instagram et TikTok. C’est quand.
44% de croissance contre 6% : les courbes ne jouent pas dans la même cour
Les données de Similarweb, société spécialisée dans l’analyse du trafic web, mettent un chiffre sur ce que beaucoup pressentaient. Le trafic global des chatbots IA a bondi de 44,39% en un an. Celui des réseaux sociaux n’a progressé que de 6,32% sur la même période, rapporte The Decoder.
En volume brut, les réseaux sociaux dominent encore largement avec 41 milliards de visites mensuelles contre 9,3 milliards pour l’IA conversationnelle. Mais la dynamique est claire : les premiers plafonnent, les seconds grimpent en flèche. Si les taux de croissance respectifs se maintiennent, le croisement des courbes n’est plus qu’une question d’années.
L’ordinateur d’abord, le téléphone ensuite
Un chiffre surprenant émerge de l’analyse : 72% du trafic des chatbots IA provient d’un ordinateur. Les réseaux sociaux, eux, affichent une répartition quasi égale entre mobile et bureau, autour de 50-50.
Cette différence raconte comment les gens utilisent ces outils. Les réseaux sociaux se consomment en mobilité, dans le métro, dans une file d’attente, entre deux cours. L’IA, elle, s’utilise assis devant un écran, pour des tâches qui demandent de la concentration : rédiger un mail, résoudre un problème, coder, analyser un document. L’usage est professionnel ou utilitaire avant d’être récréatif.
Le mobile reste le point faible des chatbots. Les applications existent (ChatGPT, Gemini, Claude ont toutes leurs apps), mais l’expérience de saisie sur petit écran freine l’adoption. Le jour où les assistants vocaux rendront la conversation aussi fluide que le scroll, ce rapport de 72/28 pourrait basculer.
73% d’accès direct : les utilisateurs tapent l’URL eux-mêmes
Autre signal fort : 73% des visiteurs des chatbots IA arrivent en accès direct. Ils tapent « chatgpt.com » ou « claude.ai » dans leur navigateur, sans passer par Google. Chez les réseaux sociaux, ce taux tombe à 50%, le reste venant de la recherche organique, des liens partagés et de la publicité.
Ce chiffre traduit une fidélité d’usage. Les utilisateurs de chatbots ne découvrent pas le service par hasard : ils y reviennent délibérément, souvent plusieurs fois par jour. C’est un comportement proche de celui qu’on observe avec les outils de travail (messagerie, tableur) plutôt qu’avec les applications de divertissement.
ChatGPT domine, mais Gemini accélère
Dans la répartition du trafic IA, ChatGPT conserve la première place avec 68% de parts de marché en janvier 2026. Un an plus tôt, ce chiffre atteignait 87,2%. L’écart s’explique par l’ascension de Google Gemini, passé de 5,4% à 18,2% de parts de marché en douze mois, soit une progression de 237%, selon les données de Similarweb.
L’avantage de Gemini tient à son intégration dans l’écosystème Google : Android, Gmail, Google Docs, la barre de recherche. Des centaines de millions d’utilisateurs y accèdent sans télécharger quoi que ce soit. Claude (Anthropic) progresse aussi, porté par son adoption en entreprise, mais reste derrière.
Des visiteurs qui convertissent mieux que les autres
Un dernier chiffre interpelle les professionnels du marketing. Les visiteurs redirigés vers un site marchand depuis un chatbot IA convertissent à environ 7%, un taux bien supérieur à celui des canaux traditionnels (recherche Google, publicité, réseaux sociaux). L’explication probable : quand un chatbot recommande un produit ou un service, l’utilisateur arrive avec une intention d’achat déjà formée. Il ne scrolle pas distraitement.
Pour les annonceurs et les sites de commerce en ligne, cette statistique change la donne. Le trafic IA reste marginal en volume (moins de 1% du trafic total de la plupart des sites), mais sa qualité compense sa taille. Les premières entreprises à optimiser leur présence pour les réponses des chatbots prendront une longueur d’avance sur les autres.
25-34 ans : le même public, des usages différents
Les profils démographiques se ressemblent : dans les deux catégories, la tranche 25-34 ans domine. Les utilisateurs de chatbots IA sont en moyenne légèrement plus âgés que ceux des réseaux sociaux, sans écart spectaculaire. La répartition hommes-femmes est comparable.
La différence se joue dans le comportement. Sur les réseaux sociaux, les sessions sont longues, immersives, souvent passives. Sur les chatbots, elles sont courtes, orientées vers une tâche précise, et actives. On ne « browse » pas ChatGPT comme on scrolle Instagram. On y arrive avec une question, on repart avec une réponse.
Deux mondes qui ne se cannibalisent pas (encore)
Ce qui se dessine, c’est un partage du temps en ligne entre deux pôles. D’un côté, le divertissement et le lien social (réseaux). De l’autre, la productivité et la résolution de problèmes (IA). Pour l’instant, les deux coexistent sans se marcher dessus. Un utilisateur peut passer une heure sur TikTok et vingt minutes sur ChatGPT dans la même journée, pour des raisons radicalement différentes.
Mais les frontières bougent. Meta intègre déjà une IA conversationnelle dans Instagram et WhatsApp. Google pousse Gemini dans YouTube et Search. Les réseaux sociaux absorbent les fonctions des chatbots, et les chatbots gagnent des fonctions sociales (partage de conversations, mémoire des échanges, personnalisation). La convergence est en marche.
À 44% de croissance annuelle, les chatbots grignotent chaque mois un peu plus du temps d’écran global. En volume, les réseaux sociaux gardent quatre longueurs d’avance. En dynamique, l’IA conversationnelle court sept fois plus vite. Reste à voir combien de temps l’écart tiendra.