OpenAI a licencié un employé pour avoir utilisé des informations confidentielles sur des marchés de prédiction comme Polymarket et Kalshi. Fidji Simo, directrice des applications chez OpenAI, a annoncé la décision dans un message interne, rapporte Wired. « Notre politique interdit aux employés d’utiliser des informations confidentielles d’OpenAI pour un gain personnel, y compris sur les marchés de prédiction », a déclaré la porte-parole Kayla Wood. L’entreprise n’a pas révélé le nom de l’employé ni les détails de ses transactions.
77 paris suspects depuis mars 2023
Le cas individuel n’est que la partie visible. La plateforme d’analyse financière Unusual Whales a passé au crible les registres publics de Polymarket, qui fonctionne sur la blockchain Polygon. Résultat : 77 positions suspectes, réparties sur 60 portefeuilles différents, autour d’événements liés à OpenAI depuis mars 2023.
Les transactions portaient sur les dates de lancement de produits comme Sora, GPT-5 et le navigateur ChatGPT, mais aussi sur le statut de Sam Altman à la tête de l’entreprise. En novembre 2023, deux jours après l’éviction spectaculaire du PDG, un portefeuille tout neuf a misé sur son retour. Gain : plus de 16 000 dollars. Le compte n’a jamais refait un seul pari.
« Le signal d’alarme, c’est le regroupement. Dans les 40 heures avant le lancement du navigateur ChatGPT, 13 portefeuilles vierges, sans aucun historique de trading, ont fait leur apparition pour miser collectivement 309 486 dollars sur le bon résultat », explique Matt Saincome, PDG d’Unusual Whales, cité par Wired. « Quand on voit autant de comptes neufs faire le même pari au même moment, la question se pose. »
MrBeast, un politicien californien : la contagion dépasse la tech
OpenAI n’est pas le seul terrain de jeu des initiés. Trois jours avant le licenciement, Kalshi, concurrent régulé de Polymarket, a révélé plusieurs cas signalés à la CFTC, le régulateur américain des marchés dérivés. Artem Kaptur, monteur vidéo de MrBeast, le plus gros créateur YouTube au monde, a écopé d’une amende de 20 397 dollars et d’une suspension de deux ans pour avoir parié sur des marchés liés aux vidéos du vidéaste, rapporte TechCrunch. Kaptur avait misé environ 4 000 dollars sur des marchés liés au streaming YouTube entre août et septembre 2025, empochant 5 397 dollars de profit.
Kyle Langford, candidat politique en Californie, a lui été banni pour avoir parié environ 200 dollars sur sa propre candidature, puis s’en être vanté sur les réseaux sociaux.
Le « Google whale » et le silence des géants
Un compte pseudonyme surnommé « Google whale » a engrangé plus d’un million de dollars en pariant sur des événements liés à Google, dont un marché sur la personnalité la plus recherchée de l’année 2025. Google n’a pas répondu aux demandes de commentaire de Wired sur ses politiques en matière de délit d’initié sur les marchés de prédiction. Meta et Nvidia ont gardé le même silence.
Jeff Edelstein, analyste chez InGame, résume la situation auprès de Wired : « Ce monde des marchés de prédiction fait passer le Far West pour un endroit civilisé. S’il existe un marché dont la réponse est connue, quelqu’un va parier dessus. »
Un vide juridique qui arrange tout le monde
Les marchés de prédiction ont explosé ces dernières années. Polymarket et Kalshi permettent de parier sur tout, du Super Bowl au cours du bitcoin, en passant par les résultats trimestriels de Nvidia ou la date d’introduction en bourse d’une startup IA.
Kalshi, qui est régulé par la CFTC, a pris les devants en annonçant des mesures contre la manipulation de marché et le délit d’initié. La plateforme a signalé plusieurs cas au régulateur et s’est engagée à reverser les amendes à des associations d’éducation des consommateurs.
Polymarket, en revanche, n’a fait aucun commentaire. La plateforme fonctionne sur la blockchain, ce qui rend les transactions traçables mais pseudonymes. Suffisamment opaque pour attirer les parieurs informés, suffisamment transparent pour que des analystes comme Unusual Whales repèrent les anomalies.
La prochaine vague de sanctions reste à venir
« Les données me disent que ça se passe partout », affirme Saincome. Le licenciement chez OpenAI est le premier cas confirmé d’un grand groupe technologique qui sanctionne un employé pour des paris sur un marché de prédiction. Mais l’ampleur des transactions suspectes identifiées par Unusual Whales laisse penser que d’autres entreprises devront tôt ou tard regarder ce que font leurs ingénieurs sur Polymarket le soir.
La CFTC, qui supervise Kalshi, pourrait durcir le ton. Reste à savoir si l’agence disposera des moyens nécessaires : l’administration Trump a réduit ses effectifs de 10 % depuis janvier, selon le Washington Post.