Trois fois promis, trois fois repoussé. Le « mode adulte » de ChatGPT, censé offrir des contenus érotiques aux utilisateurs majeurs vérifiés, vient de perdre son dernier horizon de lancement. OpenAI confirme que la fonctionnalité passe au second plan, sans donner de nouveau calendrier.
Une promesse d’octobre partie en fumée
Retour en arrière. Le 14 octobre 2025, Sam Altman publie un message sur X qui provoque une vague de réactions. Le patron d’OpenAI y annonce un principe simple : « traiter les adultes comme des adultes ». Concrètement, les utilisateurs ayant vérifié leur âge pourraient accéder à des contenus érotiques générés par ChatGPT dès décembre 2025. Le calendrier semblait clair. Il ne l’était pas.
Dès la fin novembre, la machine déraille. Selon Axios, Altman envoie un mémo interne déclarant un « code red » au sein d’OpenAI. Google Gemini gagne du terrain, les équipes doivent se recentrer sur le produit principal. Le mode adulte glisse de décembre à « premier trimestre 2026 ». Un cadre d’OpenAI confirme ce décalage lors d’un briefing presse en décembre, comme le rapporte The Verge.
Le trimestre touche à sa fin, la fonctionnalité disparaît
Mars 2026 arrive, le premier trimestre s’achève dans quelques semaines, et le mode adulte ne pointe toujours pas. Un porte-parole d’OpenAI a finalement admis la situation à Axios : « Nous repoussons le lancement du mode adulte pour nous concentrer sur des travaux prioritaires pour un plus grand nombre d’utilisateurs. » Les chantiers cités : gains en intelligence, amélioration de la personnalité du chatbot, personnalisation et expérience « plus proactive ».
« Nous croyons toujours au principe de traiter les adultes comme des adultes, mais produire la bonne expérience prendra plus de temps », précise le porte-parole. La déclaration, révélée en premier par Alex Heath dans sa lettre d’information Sources puis relayée par TechCrunch et Engadget, ne fixe aucune date.
À lire aussi
La vérification d’âge, seul chantier qui avance
Si le mode adulte patine, un pilier technique progresse en parallèle. OpenAI a déployé en janvier 2026 un outil de prédiction d’âge pour les comptes ChatGPT. Le système analyse plusieurs signaux pour estimer si un utilisateur est mineur et restreindre l’accès à certains contenus en conséquence. Cet outil est largement perçu comme un prérequis au futur mode adulte : sans barrière d’âge fiable, ouvrir la porte aux contenus explicites poserait un problème de responsabilité majeur.
Le contexte pèse lourd. Aux États-Unis, les chatbots conversationnels font l’objet d’une pression politique croissante sur la protection des mineurs. Character.AI a déjà fait face à des poursuites judiciaires après que des parents eurent signalé des échanges inappropriés entre l’agent conversationnel et des adolescents. Le sénateur américain Richard Blumenthal a qualifié ces applications de « terrain de jeu non surveillé » lors d’une audition au Sénat en 2025.
Grok a pris de l’avance, OpenAI temporise
Le concurrent le plus visible sur le créneau adulte reste Grok, le chatbot d’xAI développé par l’équipe d’Elon Musk. Intégré à la plateforme X, Grok propose déjà des réponses sans filtre de modération sur les sujets pour adultes, une approche revendiquée comme « anti-censure ». La fonctionnalité, opérationnelle depuis plusieurs mois, n’a pas déclenché de scandale majeur, mais elle cible un public différent de celui de ChatGPT et de ses 1,8 milliard d’utilisateurs mensuels.
Pour OpenAI, l’enjeu dépasse la question du contenu érotique. Ouvrir un mode adulte sur le chatbot le plus utilisé au monde pose des questions de modération à une échelle sans précédent. Comment vérifier l’âge réel d’un utilisateur de manière fiable ? Comment empêcher la diffusion de contenus générés à des mineurs via capture d’écran ou partage ? Comment gérer les différences de législation entre les juridictions ? Le droit français, par exemple, encadre strictement l’accès des mineurs à la pornographie en ligne avec la loi de juillet 2024 imposant un système de vérification d’âge certifié par l’Arcom.
L’intelligence d’abord, l’érotique ensuite
La stratégie d’OpenAI semble limpide : le mode adulte ne disparaît pas de la feuille de route, mais il passe derrière des améliorations jugées plus rentables. L’amélioration de l’intelligence du modèle, la personnalisation des réponses et le virage vers un assistant « proactif » correspondent à des axes de différenciation face à Gemini de Google, Claude d’Anthropic et les modèles chinois comme DeepSeek, qui gagnent du terrain sur les benchmarks techniques.
En repoussant le mode adulte, OpenAI évite aussi un front politique délicat au moment où l’entreprise négocie avec le Pentagone et se restructure en société à but lucratif. Afficher des contenus érotiques sur le même produit que celui proposé à l’armée américaine et aux entreprises Fortune 500 aurait créé une dissonance difficile à gérer en termes d’image.
La prochaine échéance à surveiller : la transformation juridique d’OpenAI en entreprise commerciale classique, attendue d’ici la fin 2026. Si cette conversion aboutit, les priorités produit pourraient évoluer, et le mode adulte refaire surface sous une forme ou une autre.