La startup qui édite l’assistant de code le plus populaire au monde vient de franchir un cap symbolique. Mais derrière les chiffres, la bataille pour le marché du code assisté par IA ne fait que commencer.

Un revenu annualisé doublé en trois mois

Cursor, l’éditeur de code dopé à l’intelligence artificielle, a dépassé les 2 milliards de dollars de revenus annualisés, selon Bloomberg. Le chiffre a doublé en l’espace de trois mois seulement. Pour une entreprise fondée en 2022 par quatre anciens du MIT, la trajectoire donne le vertige.

La startup, portée par sa société mère Anysphere, avait déjà fait parler d’elle en novembre 2025 lors d’une levée de fonds colossale de 2,3 milliards de dollars, menée par Accel et Coatue, qui la valorisait alors à 29,3 milliards de dollars, rapporte TechCrunch. Quatre mois plus tard, les chiffres de revenus semblent justifier cette valorisation que beaucoup jugeaient excessive.

La divulgation n’est pas anodine. Selon TechCrunch, elle intervient après une semaine de scepticisme sur les réseaux sociaux. Des tweets viraux pointaient des départs de développeurs individuels vers des outils concurrents, laissant entendre que la dynamique de Cursor s’essoufflait. La réponse par les chiffres vise à couper court aux rumeurs.

Le virage entreprise, clé de la croissance

Le basculement stratégique le plus frappant concerne la clientèle. Selon Bloomberg, environ 60 % du chiffre d’affaires provient désormais de grands comptes professionnels. Un renversement complet pour un produit qui, à ses débuts, séduisait surtout les développeurs indépendants et les petites équipes.

Ce pivot n’est pas sans conséquence. Les contrats entreprises sont plus stables, les taux de rétention plus élevés, et les paniers moyens bien supérieurs à l’abonnement individuel à 20 dollars par mois. C’est précisément ce que les investisseurs veulent entendre dans un marché où la fidélité des utilisateurs individuels reste volatile.

Mais cette fidélité a un prix. Plusieurs développeurs solo et petites startups ont migré vers Claude Code, l’outil de programmation d’Anthropic, jugé plus compétitif en termes de tarif, relève TechCrunch. La perte de cette base d’utilisateurs précoces pourrait sembler préoccupante, mais elle est compensée par les revenus bien plus importants des licences professionnelles.

Une concurrence qui s’organise

Cursor ne boxe plus seul. Le marché de l’assistance au code par IA s’est densifié à une vitesse inhabituelle. Codex, l’outil d’OpenAI, pousse ses pions auprès des grandes entreprises. Claude Code d’Anthropic attire les développeurs sensibles aux prix. Replit, Cognition et Lovable occupent des niches, du prototypage rapide à l’automatisation de tâches de développement complexes.

La particularité de Cursor reste son approche intégrée. Là où Claude Code fonctionne en terminal et Codex s’intègre via API, Cursor propose un éditeur complet basé sur Visual Studio Code, avec l’IA imbriquée dans chaque interaction. Pour un développeur, la différence se mesure en friction : moins d’allers-retours entre outils, moins de copier-coller, plus de fluidité.

Le phénomène du « vibe coding », ce mode de programmation où le développeur décrit ce qu’il veut en langage naturel et laisse l’IA écrire le code, a propulsé ces outils dans le quotidien de millions de programmeurs. Selon les données de GitHub, plus de 70 % des développeurs utilisaient un assistant IA en 2025. Un an plus tard, la question n’est plus de savoir si les développeurs adoptent ces outils, mais lequel ils choisissent.

Les développeurs votent avec leur portefeuille

Le débat entre partisans de Cursor et de Claude Code a viré à la guerre de tranchées sur X (ex-Twitter). D’un côté, ceux qui louent la qualité d’intégration de Cursor et sa capacité à comprendre le contexte d’un projet entier. De l’autre, les adeptes de Claude Code, qui mettent en avant un modèle de langage plus performant sur les tâches de raisonnement complexes et un prix plus accessible.

Spotify a révélé en décembre que ses meilleurs développeurs n’avaient plus écrit une seule ligne de code manuellement, grâce à l’IA. Le cas illustre la profondeur de la transformation en cours. Les entreprises ne se demandent plus si elles doivent adopter un outil de code IA, mais combien de licences acheter.

Pour Cursor, le défi est désormais de conserver son avance. Avec 2 milliards de revenus annualisés, la startup dispose des ressources pour accélérer son développement produit. Mais dans un marché où les modèles de langage progressent tous les trimestres, l’avantage technologique peut basculer du jour au lendemain.

La startup la plus rentable de la vague IA ?

Les 2 milliards de Cursor méritent d’être mis en perspective. OpenAI, avec ses 300 millions d’utilisateurs hebdomadaires, visait 12,7 milliards de revenus annualisés fin 2025. Anthropic tournait autour de 2 milliards. Cursor atteint un chiffre comparable à celui d’Anthropic avec une fraction de ses effectifs et de ses coûts d’infrastructure. La startup n’entraîne pas ses propres modèles : elle utilise ceux de ses concurrents (GPT-4, Claude, et d’autres) comme des composants interchangeables.

Ce modèle « asset-light » séduit les investisseurs. Pas de factures de GPU à plusieurs centaines de millions, pas de courses à l’armement sur les paramètres. Cursor capte la valeur en aval, dans l’expérience utilisateur et l’intégration, plutôt qu’en amont dans l’entraînement de modèles.

Reste la question de la dépendance. Si Anthropic ou OpenAI décident de privilégier leurs propres outils de code et de restreindre l’accès API pour les tiers, Cursor se retrouverait dans la position d’un revendeur sans stock. Un risque que la direction n’a pas commenté publiquement.

La prochaine levée de fonds de Cursor, qui se négocierait autour de 50 milliards de dollars de valorisation selon des sources proches du dossier citées par Bloomberg, donnera la mesure de la confiance du marché. En attendant, les développeurs continuent de choisir leur camp, un abonnement à la fois.